Deník Marie Bashkirtseff

Il est pitoyable vraiment de prendre la plume pour raconter que Georges est revenu, qu'il est entré dans la salle à manger, que je me suis levée pour le chasser et que maman s'est jetée contre moi pour le protéger comme si je pouvais lui faire mal. Sans doute ce n'était pas sa pensée mais cela est déjà arrivé une fois et cela m'avait mise dans un état à tuer quelqu'un, après quoi j'ai expliqué longuement le résultat de ces façons et j'ai supplié de ne plus le faire disant que cela me rendait folle. Ce soir la même chose. Ils ont osé dire quelque chose contre moi II!
Ils sont fous ou bien ils veulent que je me tue.
En raisonnant je ne le ferais jamais mais dans un moment comme ce soir, puisque je vous dis qu'ils me rendent folle, folle à lier. Et rien qu'en me souvenant de cette scène je suis prête à aller et à frapper ma mère avec la main, avec n'importe quoi.
La rage m'étouffe... je ne sais ce que je vais faire, je suis restée trois heures couchée et malade et à présent je suis trop enragée, trop en colère, trop hors de moi pour dormir. Mon Dieu ayez pitié de moi, donnez-moi de la patience pour vivre.
[Deux lignes rayées: rencontre Paul; l'arbre de Noël. Tristesse, bonne aventure. Bonbonnière]
^2^ Berne 30 Décembre 1877 Chère Mademoiselle Marie
Merci mille fois de vos bonnes nouvelles et des heureuses nouvelles que vous donnez de Monsieur votre grand père. J'espère que le mieux coninuera progessivement.
Vous recevrez de ma part une petite caisse avec deux gâteaux, l'un pour vous, l'autre pour Mademoiselle Dinaah !! Vous pouvez hardiment y goûter, ce sont des gâteaux noisette, qu'on fait ici spécialement pour les fêtes et qu'on trouve généralement assez bon...
Recevez en même temps que vous et toute votre famille, mes meilleurs vœux , et tous mes souhaits pour la nouvelle année.
Nous partons le 7 Janv. pour Menton , mon père s'étant décidé plutôt pour cet endroit que pour Nice, il ne va pas très bien.
Dites-moi, je vous prie si vous restez à Paris ou tenez moi au courant de vos mouvements.
Votre très dévoué serviteur.
F. de Marcuard