Samedi 29 décembre 1877
Monsieur Robert-Fleury a été très content de moi. Il est resté une demi-heure au moins devant une paire de pieds grandeur nature que j'ai fait, m'a redemandé si j'avais jamais peint, m'a dit que je voulais donc faire sérieusement de la peinture, combien de temps je pouvais rester à Paris, m'a exprimé le désir de voir mes premières choses à la couleur, m'a demandé comment j'avais fait. Je répondis que je l'ai fait pour m'amuser. Comme cela se prolongeait, tout le monde est venu se mettre derrière lui pour écouter et au milieu de là j'ose le dire, stupéfaction générale, il a déclaré que si j'en avais envie je pouvais peindre. A cela j'ai répondu que je n'en mourais pas d'envie et que je préférais me perfectionner en dessin, à laquelle résolution il applaudit beaucoup. J'ajoutais alors que je le priais de me traiter très sévèrement, ce qu'il me promit en disant qu'il le ferait d'autant plus que cela vaut la peine.Cette scène m'a rendue très contente et puis sérieuse, je ne sais plus pourquoi.
Ce soir à thé, la comtesse de Fayet, le baron d'Alt, et Monseigneur. La Fayet est en attendant un mal presque nécessaire. Elle a un genre horrible, je me sentais offensée de la souffrir, mais j'espère en être délivrée puisque le prince est présenté et est venu chez nous. Ce sera toujours un cavalier de plus. Il est petit, brun, le teint frais, la moustache noire et longue, la mâchoire inférieure grande et mobile et le front qui se plisse souvent. Bonnes manières, simple, pas trop bête en attendant, air calme plat. Il m'a aidée à faire mon chocolat et d'ailleurs paraît bon garçon.
Il a une haute opinion de Popaul, ce qui me convient.
Mais mon Dieu j'oublie de vous dire que Paul, mon petit frère Paul est arrivé ce matin à six heures. Il est au mieux avec son père et repartira dans quelques jours. Il est gras, gros, j'ai l'air d'une petite princesse à côté de lui. A dix-huit ans un homme et un homme immense, un Monsieur enfin et ce Monsieur est allé voir "La Tzigane" à la Renaissance.
Il n'est pas détestable et j'espère qu'il ne ment pas en disant qu'il adore la campagne et ne désire aucune autre existence. Que chacun prenne son bonheur où il le trouve et si ce garçon pouvait vraiment devenir un gentleman-farmer, ce serait bien.
Pauvre grand-papa a été très heureux de le voir.
J'ai tout le temps été jolie et mieux habillée que lorsqu'est venue Cassagnac. N'est-ce pas désagréable !
Ce soir j'avais une robe idéale, chaste et décente mais trop simple pour être portée à Paris ailleurs que chez soi, j'étais coiffée comme aime Blanc, dernières années de /'Empire ou antique, teint blanc et légèrement rosé... Bref ! C'est absurde.