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Samedi 26 mai 1877
Nous avons pris une leçon de tarentelle qui est la danse la plus belle et la plus charmante du monde. On est en comme enragé. Dina qui passe sa vie à se vanter d’avoir pu être la première danseuse du monde n’a pas compris le pas que je faisais du premier coup et au lieu de grâce et d’entrain n’a eu que de l’effronterie et des gestes de cancan. Je le lui ai dit par cette raison que je ne puis pas me taire surtout lorsqu’il s’agit du bien d’autrui, mais je suis contente au fond, grâce à mon imbécilité, Alexandrine, cette fille a vraiment pensé un tas de choses qui quelques absurdes qu’elles fussent m’ont à la fin impatientée.Ensuite est venu mon vieux professeur Brunet avec lequel nous allons nous dégourdir les facultés apprenantes, et nous occuper du fameux catalogue qui est une chose sérieuse.
Ah ! et puis, et puis je me suis habillée comme un ange, un panama, une robe de mousseline de laine si fine que c’est un charme, un col Schiller avec des valenciennes et un ruban de ceinture en drap d’or brodé de sphinx en teintes antiques, qui serre bien la taille et est d’un chic épatant comme dirait cette grisette de Lucie Durand.
Et je suis allée au Skating où il y eut une dizaine de personnes et Audiffret avec l’inspecteur des chiens ! Il m’a saluée, je ne l’ai pas vu, il allait s’approcher lorsque grâce à ma bravoure je me suis enroulée.
Quel plaisir de patiner seule, c’est-à-dire de pouvoir patiner seule !
Et puis... le soir, la même lune, la même mer, les mêmes arbres noirs. Lise et moi sommes allées tourmenter Marie Leontievena au bain, comme la chaste Suzanne, elle était toute drapée, je fus obligée de tirer le drap pour voir... tout.
Maman et Bihovetz avec Walitsky reviennent de Monaco, nous avons pris du thé ensemble et ce chien de général m’a pris la main et commença de passer sa cuillère dessus.
- Pourquoi ça ? demanda-t-on.
- Mais est-ce que vous ne voyez pas que Mademoiselle Marie a une couche de sucre épaisse comme le doigt... ?
J’aime beaucoup cette flatterie.
Nous rions tant... d’Alexandre, il n’en est plus question si ce n’est pour dire qu’il est crevé, fichu, etc.
Hélas ! ce n’était donc pas encore cela ! Et ça aurait pu l’être s’il n’y avait pas eu de froissements réfrigérants. D’une façon ou d’une d’autre, je suis de nouveau libre. Mais j’ai un si grand faible pour ma chère famille, pour ma famille chérie qu’il me faut toujours penser à l’Exposition 1878 pour consentir à aller à Paris... Florence comme la Ville éternelle me domine tout à fait. Je suis dans des transes à la pensée de la possibilité d’un hiver convenable à Florence. Mais comment ? Il y aurait moyen... Dieu est grand, mais l’Exposition me rend à la raison, et puis qui sait ce qu’amènera l’été, je rencontrerai peut-être les... miens quelque part.
Vous savez, je dois pour ma gorge aller à Soden, je crois, voilà une surprise qui n’est pas précisément charmante. Mais ma voix avant tout.
Comment ne pas aimer Alexandre pour le plaisir qu’il donne, le peu de temps qu’il dure et le souvenir léger et charmant qu’il laisse ?
Oh ! quelle différence avec toutes ces affaires d’amour-propre - Audiffret, de familles - Antonelli. Et pourtant Pietro m’a beaucoup aimée... c’est une petite compensation. J’en ai fait trop de cas, c’était si nouveau pour moi.
Naples et Alexandre sont deux rayons de soleil... malgré tout et quand même.
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