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Lundi 5 février 1877
Pelikan est venu déjeuner et s’entendre définivement quant au départ et la suite de sa passion pour Mme Zurmüllen et des intrigues de Broussais qui veut l’en détourner : Pelikan désire se rafraîchir par un voyage.Au Skating-rink le plus joli spectacle imaginable. Des courses obstacles, des courses de bagues. Quand les petites filles se présentèrent après les grands tout le monde se redressa pour mieux admirer. Lise Kondareff a gagné au milieu de bruyants applaudissements
En ce moment s’arrêta près de nous Rangoni ayant à son bras la comtesse del Verme. Lui aussi va à Naples ou en Sicile, à ce qu’il dit. On avait tendu une corde tout autour pour ménager au milieu du rink un endroit pour les patineurs qui ne couraient pas. C’est là aussi que se tenaient les juges.
en travers
Rangoni nous parla pendant dix minutes environ sans lâcher Mme del Verme, voilà bien les façons italiennes.
Audiffret par conséquent aussi. Vingt fois je me suis détournée de ses regards et alors, voulant se vanter sans doute d’une familiarité qui n’avait pas de sens commun, il me fit signe si je voulais concourir. Je répondis par un autre signe (entre le public et les juges il y a le chemin des courses) que je ne comprenais pas et ne me souciais pas de comprendre. Alors ma tante, fort heureuse, multiplia les signes, l’appela Soroka, ce à quoi le Surprenant répondit par des sourires en tendant sa canne comme pour décrocher une bague sur laquelle canne ensuite il exécuta une sorte de sérénade muette.
Ensuite nous avons montré que la princesse Souvoroff est fort bien avec nous, et en effet elle se montra comme toujours. Alors Belle-de-jour (bel est plus correct) vint à moi et me salua. J’attendais cette occasion depuis longtemps, car cet animal évitait de me saluer en public. Cette fois il y avait beaucoup de monde, il était venu me parler, je lui dis un imperceptible bonjour et lui tournai le dos pour causer avec la princesse.
Bien.
Nous étions avec Zoubaloff, Bihovetz, Mme Zurmüllen et M. Bikowsky qu’elle m’a présenté hier chez elle.
Bien, ensuite... Une soirée à évènements si l’on veut. Car entre Pelikan, Zurmüllen, Bikowsky, Meyssner, nous avons Galula, Gautier et.... Michka Gautier son frère. Or sachez que je me suis paresseusement et fantastiquement éprise (?) de ce Michka à la suite d’une soirée à l’Opéra où je vis le bout de son nez poudré dans la loge de sa sœur voisine de la nôtre. Michka est moins grand que Pépino, il a des yeux à fleur de tête et le reste de la figure fort beau et surtout fort dévergondé, ce qui lui donne des manières polies, respectueuses, sages.
Je ne m’ attendais pas à tant de monde, aussi avais-je une jaquette de drap blanc ouverte au cou par une chemise à la Schiller, dont les manches garnies de dentelles aussi ressortaient de dessous les manches de drap. Au fait je ne suis pas fâchée d’avoir été ainsi... et puis j’étais un peu dans le brouillard, j’ai mal causé, je me suis mal tenue. Je ne sais de quoi j’ai parlé si ce n’est des lettres que je reçois à propos de la religion et de l’âme. Lettres que Galula demanda à voir, qu’on examina conscieu- seument autour de la table et qui furent déclarées fort bêtes.
Comme Galula se vanta d’avoir vu mes chambres, on y conduisit tous les autres... même Michka. D’ailleurs c’est une vieille connaissance et, ce que vous ne savez pas, c’est que nous avons servi les blessés à la gare pendant la guerre1, en compagnie de Pepino à qui il lui arriva un jour de demander à Dina si elle n’avait pas de tire-bouchon “sur elle”.
Restée en famille on me taquine avec Soroka mais voyant que cela ne prend pas, on passe à Pietro, à Soria et enfin à Michka. Rien de cela ne me touche. Soraka non plus, je le pense ainsi parce que je n’ai jamais envie de le voir, aucun.
Ah ! ma gorge, Ah ! ma voix ! Malade ! Malade ! C’est désespérant.
Tiens, j’oublie de dire que je suis sortie aujourd’hui avec le désir de rencontrer Soria.
Poznámky
The Franco-Prussian War of 1870-71, when Marie was eleven. ↩