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Jeudi 18 janvier 1877
Le secrétaire du Cercle me fit tout un discours à mon entrée, dans lequel il dit que le temps était superbe, la société choisie et nombreuse mais qu’il y avait un vide, qu’on m’attendait et que, puisque me voilà, tout est parfait.En effet, ravissante réunion, à part quelques nullités, les représentants de l’aristocratie européenne.
Soroka salue de loin, Belle-de-jour me comble parce que je suis avec la princesse Souvoroff qui est comme toujours, belle et charmante avec ses grands yeux durs et fixes. Lorsqu’elle dit qu’elle tremblait pour moi avec ma tante le vieux comte Blondoff s’empressa d’exprimer je ne sais plus quel sentiment à mon égard. Il me semble qu’il doit médire terriblement, d’ailleurs je ne le connais que pour saluer et ça pas toujours, la plupart du temps j’évite de rencontrer ses yeux de peur de n’être pas saluée.
J’avais les miens, les Anitchkoff et Pelikan, sans compter la princesse qui nous a présenté son gendre, le prince Tchetwertinsky. Cependant j’étais assez mal à mon aise lorsqu’il me fallait attendre le professeur, car on ne m’invitait pas et Mme Anitchkoff avait la bonté de dire :
- Pourquoi donc celui-là ou tel autre ne vient pas vous demander à patiner ?
Pauvre femme sauvage, elle ne sait pas ce qu’elle dit.
Ce soir on a illuminé l’arbre de Noël chez elle, les enfants ont dansé autour, Pelikan et les miens ont fait la même chose.
Seule, j’étais sombre. On ne saurait croire quel mal me font de pareilles fêtes.
Mme Tutcheff donne un bal ce soir.
Rangoni m’a dit qu’Angelini est à Nice.
Oh ! quelle vie !
Et je n’ai pas assez de caractère pour rester cachée.
Je priais Dieu, je me suis levée debout et je viens de rouvrir la boîte blanche pour en tirer ce cahier et pour crier de toute la force de ma plume que tout le monde danse à présent !
O exécration !