En entrant au salon ce matin j'ai été suffoquée par l'odeur des fleurs, la chambre en est littéralement pleine, ce sont les fleurs de Doenhoff, d'Altamura et même de Torlonia. On a remplacé la table par une table en fleurs. Mais ce n'est pas de cela que je voulais parler. Ecoutez-donc ceci: puisque l'âme existe, puisque c'est l'âme qui anime le corps, puisque c'est cette vaporeuse substance qui sent, qui aime, qui déteste, qui désire, puisqu'enfin c'est l'âme qui nous fait vivre, comment se fait-il donc qu'une déchirure quelconque dans ce vil corps, ou quelque désordre intérieur, l'abus du vin ou du manger, comment se peut-il donc que ces choses-là fassent envoler l'âme ? Je fais tourner une roue et je ne l'arrête que lorsque telle est ma volonté, cette roue stupide ne peut arrêter ma main. De même l'âme qui fait marcher les ustensiles de notre corps ne doit pas être chassée, elle, l'essence raisonnable, par un trou à la tête ou par une indigestion de homard ! Elle ne le doit pas être et elle l'est. D'où il faut conclure que l'âme est une pure invention. Et cette conclusion fait tomber l'une après l'autre comme les décors dans un incendie de théâtre, toutes nos croyances les plus intimes et les plus chères.