Samedi, 13 novembre 1875

Bravo Nice ! Un temps superbe et une foule de monde. Ce n’est pas trop tôt.
Et voilà moi ami ce cher signor Manara !
rayéA peine eûmes-nous le bonheur de son coup de chapeau.
Plus loin maître Audiffret qui nous salue à travers les arbres, puis tout le monde. Manara et mon homme se rencontrent et se promènent ensemble mais quand nous descendons de voiture ils ne se trouvent plus nulle part.
Comme il y a une foule d’étrangers, mon habillement blanc produit son effet.
Je rentre triste. Depuis ce matin je suis énervée.
— Le moindre mot me mettra en colère, ai-je dit ce matin, et je ferai des scènes pour rien; aussi laissez-moi tranquille, ne me parlez pas !
Pendant que les miens s’habillent pour le théâtre je m’enferme chez moi et pleure. On donne « Le Panache », pour la première fois, le grand succès du Palais Royal, à Paris.
Léonie frappe.
— Que voulez-vous ?
— Mademoiselle Dina envoie demander encore une fois si Mademoiselle ira au théâtre ?
- Non, non, non, je n’irai pas !
Ah ! si on croit que j’irai ! Non, que le diable m’emporte, je n’irai pas ! A quoi bon ? Que me fait la pièce ! J’aime mieux ne pas me montrer, comme cela je serai plus tranquille.
Toutes les décadences sont abominables.
Si j’étais homme et si une femme me résistait comme me résiste Audiffret je me porterais à toutes les folies et à toutes les imaginables.
Mais bientôt je serai calmée d’une manière ou d’une autre, car je suis trop irritée, trop souffrante pour qu’un pareil état puisse durer.
Si au moins les autres étaient demeurés fidèles !
Godard n’a pas encore fait de visite.
Oh ! quelque chose à briser, donnez-moi quelque chose à briser !

Poznámky

Le Panache: a three-act comedy by Edmond Gondinet (1875). ↩