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Mardi 31 août 1875
C’est préférable amusant de passer par la cour de l’hôtel avant déjeuner, après, chaque fois pour sortir, rentrer. Quelle différence avec ce petit hôtel de la rue de la Paix où l’on ne voyait personne.
Le diable sait pourquoi j’ai une vilaine figure depuis que je suis à Paris. Il est vrai que je me couche tard, mais ce n’est pas une raison, à Nice je me couchais tard ce dernier temps et j’étais fraîche. Et puis, pour s’être couché trois fois après minuit, on ne doit pas être défiguré. C’est affreux de devoir, pour conserver sa face, se coucher à dix heures et n’oser aller ni au théâtre ni en soirée !
Est-ce que ma maladie de l’été dernier revient ? Cette idée me fait trembler. Chaque fois que je devenais un peu pâle la même crainte me tourmentait. Je ne crains rien au monde comme cette faiblesse, cette pâleur, cet état détestable ! O mon Dieu gardez-moi de ces horreurs.
Nous allons au Bois, contre mon ordinaire je suis en gros bleu, chapeau noir, face fatiguée.
Comme j’avais raison de dire qu’il n’y a rien de plus fragile que ma beauté. Ceux qui me verraient aujourd’hui hausseraient les épaules à ces mots ma beauté. Il fait gris, il y a assez de monde mais pas de Girofla.
Le soir à la Gaîté « La chatte blanche »1, dont m’ont tant parlé mes parents de Schlangenbad. C’est bête, il y a un effet de décors superbe, merveilleux, le reste est très ordinaire.
J’ai reçu une lettre de Berthe, cette charmante créature ne m’oublie pas. La lettre est attachée à la page 102. Ça me semble étrange de correspondre avec cette fille, nous nous voyons une fois par an et pour quelques minutes et c’est tout.
Note des éditeurs
[Lettre de Berthe Boyd]
Lettre recopiée · Lettre de Berthe Boyd à Marie, Royat, [août 1875]RoyatB.B. (chiffre)Chère Marie,Mille excuses, que j’ose à peine vous offrir, pour ne pas être venue causer un instant avec vous avant maintenant, mais je compte sur votre bonté pour m’accorder un pardon peu mérité. Nous sommes arrivées hier soir d’Aix où la chaleur a empêché toute correspondance. J’espère que vous avez retrouvé Madame votre mère en bonne santé, ainsi que votre cousine.Nous partons d’ici peut-être demain, et comme pour trois semaines nous n’aurons pas d’adresse fixe, je vous prierai de m’écrire à : 33 Champs-Elysées, Parisd’où la lettre me sera expédiée. Rappelez vous, en revenant, à Paris de votre promesse de venir me voir, car je tiens absolument de vous présenter à maman, et comme depuis longtemps elle m’entend parler de vous, elle voudrait faire votre connaissance, ainsi que celle de Madame votre mère, Aix était très gai, des danses continuellement et des bons danseurs, chose assez rare.Mes respects à Madame votre mère, et rappellez-moi au souvenir de votre cousine, je vous prie, quant à vous, je vous envoie mille amitiés.Votre amie,Berthe Boyd.
Comme la pièce de ce soir ne présentait aucun intérêt j’ai pensé. A qui ? Sans doute au châtelain illustre.
J’ai pensé que j’étais une grande bête. Je le dis souvent, mais on ne saurait trop répéter une telle vérité.
Qu’est-ce que vous voulez, bonnes gens, je suis tenace et, une fois cramponnée à une idée quelconque, difficile à l’abandonner. C’est comme jusqu’aujourd’hui je n’ai pas cessé de penser à devenir duchesse de Hamilton.
De même je n’abandonnerai pas cette idée de punir M. d’Audiffret, M. Emile d’Audiffret, de sa forfanterie, de sa présomption, de ses désirs don juanesques. Surtout à présent que personne ne m’occupe. Cette ténacité n’ira pas bien loin je crois et aussitôt qu’il y aura une autre créature pour le remplacer je le jetterai au diable.
Mais en attendant je ne cesse d’en écrire et de remarquer ses gestes et ses paroles. Je le fais par pure oisiveté.
Pour moi-même, pour mon fond, je ne ferais pas même cela, mais je suis battue aux yeux de toute ma famille, ce qui confond et me vexe beaucoup.
Pour me réhabiliter à leurs yeux je voudrais triompher. Cette idée d’une défaite aussi honteuse, me rend si misérable que tout me fait la plus vilaine grimace comme avant tout me faisait le plus charmant sourire.
J’oublie que j’étais chez Laferriere, Caroline est de retour, elle au moins me sourit. Et je commande cinq robes pour l’hiver.
Poznámky
La Chatte blanche (The White Cat), a féerie (fairy play with lavish scenery and stage effects) by the brothers Théodore and Hippolyte Cogniard after Madame d'Aulnoy's fairy tale, first staged in 1852; a version with music by Émile Jonas opened at the Théâtre de la Gaîté on 16 August 1869. ↩