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Dimanche 15 août 1875
A huit heures et demie nous partons pour Wiesbaden en deux landaus.
Je suis de nouveau tout en blanc et souliers jaunes, et très jolie. Avant tout nous entendons la messe à la chapelle russe, puis au Kursaal1, de magnifiques salles, le jardin avec un lac, les galeries de magasins, tout me rappelle Bade et tout est plus beau que Bade. Mais c’est un corps sans âme. Au temps des jeux il y avait du beau monde. Nous passons et soulevons une tempête par notre élégance.
Plusieurs messieurs, assez jolis autant que j’ai pu voir, se précipitent vers la fenêtre abandonnant leur manger, nous entrons dans la grande salle, après avoir passé devant les fenêtres du restaurant et au même instant s’y jettent les mêmes messieurs par une autre porte, nous entrons dans le salon des jeux et ces fous aussi une minute après, mais comme j’arrangeais la traine de Dina ils se retirèrent avec beaucoup de délicatesse.
Maman avec Stiopa, sa femme et Walitsky s’en va voir les boutiques et nous laisse jouer aux dames. Vient un monsieur, salue Dina: -Est-ce votre cousine ?2 - Oui3 dit-elle. Je lui tends la main parce que je devine en lui Batourine, l’ami de Georges, de Stiopa, et l’amoureux de ma mère depuis l’âge de douze ans. Ils s’aimaient beaucoup, mais ne se marièrent pas. Il a épousé une femme de dix ans plus âgée que lui qui le tient sous sa pantoufle par ses alliances et parentés. Chaque fois qu’il rencontre maman il lui reproche de ne pas l’avoir épousé, pas devant sa femme oh ! non.
Il dit que je ressemble beaucoup à ma mère, et me présente à Madame sa femme qui est vieille et laide mais du meilleur monde, aimable et agréable. Elle dit que je suis le portrait de ma mère. Ce qui n’est pas vrai, je ne suis pas aussi belle qu’elle et c’est très aimable de le dire.
Nous allons ensemble à la recherche des nôtres, mais ne les trouvons pas. Les Batourine s’en vont en me priant de prier maman de venir à trois heures et demie.
Nous dînons au Kursaal à deux heures et allons chez les Batourine. Ils ont une maison à eux. Je me plais avec madame, elle parle de choses qui m’intéressent et que j’aime.
Pendant qu’elle nous montre la maison à moi et à Dina, ma mère reste seule avec son ex-amoureux, il lui baise la main et les larmes aux yeux: Maria Stepanovna, nous aurions pu avoir une aussi grande fille !4 (c’est maman qui me le raconte ce soir).
Je crois bien, pauvre homme, ses enfants sont affreux.
La fille de la princesse Souvoroff épouse le prince Tchetvertinsky qui a cent mille roubles de rente. Magnifique parti !
Nous allons à la musique comme à Bade, on est assis autour de petites tables.
Tout d’un coup, ô surprise ! Qui vois-je ! Diadia ! M. de Toulouse !
On se met ensemble et on reste ainsi jusqu’à six heures, alors nous repartons pour Schlangenbad qui est à une heure et demie de Wiesbaden.
Mais quelle affreuse chose on m’apprend ! Carlo Hamilton est mort ou peu s’en faut ! Ayant obtenu le divorce pour Mme Paskevitch, il était à Pétersbourg à la veille de l’épouser, lorsque en passant par la Newsky ses chevaux s’emportent, il tombe de voiture et dans un si pitoyable état qu’on le croit mort. Les médecins désespèrent de le sauver.
C’est une dame russe qui était ici qui l’a dit à maman. Elle a quitté Pétersbourg le soir de l’accident et ne sait pas s’il vit ou s’il est mort.
Cette affaire a fait un bruit effroyable dans la capitale.
Pauvre Carlo, au moment d’être heureux ! Si on savait combien cela me fait de peine. Je suis surprise et chagrinée.
Pauvre Paskevitch, c’est affreux !
C’est elle que je plains.
Lui est mort et c’est fini, mais elle reste, elle vit. Mon Dieu qu’elle doit être misérable !
S’aimer tant de temps puis enfin tout obtenir, être à la veille de se marier et un tel malheur ! Il me semble que c’est injustice, cruauté, de la part du ciel !
J’ai reçu les portraits de Walery. Il y en a de ravissants.
Poznámky
Kursaal: the central assembly building of a German spa, with concert and ball rooms and reading rooms; at Wiesbaden it also housed the casino until gambling was banned at the end of 1872. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩