Mercredi 28 juillet 1875

Nous faisons nos photographies chez Bienmüller.
Je le fais pour avoir mon portrait avec les Sapogenikoff.
Quatre poses:
1° les trois Grâces simplement.
2° les trois Grâces cousant, puis les trois Grâces en profil-médaille, et enfin les trois Grâces en anglaises. Machenka remplaçait Nina, puisqu’on ne voit pas sa figure, rien qu’un épais voile noir.
Il fallait immortaliser l’expédition.
Jamais, je crois, depuis que cette photographie existe on n’y a vu pareil vacarme. Nous y restons de deux heures à cinq heures et demie.
Le photographe perdait haleine et ne faisait que courir comme un fou.
La sortie surtout était remarquable, nous étions toutes décoiffées, vêtues de chiffons et portant dans les bras nos toilettes jolies avec lesquelles nous étions venues.
Nous étions très tranquillement assises chez moi le soir quand arrivent, Fiouloulou, Mercure et Danis. Comme je pars demain, je les reçois malgré l’absence de ma tante, d’ailleurs nous avons Nina. Mais ils ne restent pas longtemps.
Cela ne nous empêche pas de veiller jusqu’à l’arrivée de ma tante et de Stiopa, de Monaco. Nina nous racontait ses aventures galantes.
On parle d’ajourner le voyage jusqu’à samedi. Cela me contrarie, je n’aime pas remettre. C’est si désagréable, quand on croit partir tel jour, quand on a tout préparé, quand on s’est habitué à cette idée, de ne pas partir. Et puis je me dépêche volontiers, Girofla étant à Paris.
Depuis trop longtemps je suis dans l’inaction, il nous faut je suis engourdie. Ce ne serait pas mal d’attendre jusqu’à samedi, cela le ferait languir, on ne languit parce qu’on aime, mais simplement pour rien. Souvent on m’annonce telle chose pour tel jour, la chose n’arrive pas et je suis contrariée quelque indifférente qu’elle me soit.
Restons jusqu’à samedi à Nice, oui, mais il me rendrait ce petit désagrément avec les intérêts. A quoi bon faire la guerre, d’autant plus que je ne sais si je suis de force pour lutter contre un homme aussi rusé.
Il est méchant et capricieux.