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Samedi 24 juillet 1875
Et la lune me montre Girofla endormi sur la chaise longue de ma tante.Cap de Biou !
Heureusement qu’on peut ne pas croire aux rêves.
Depuis plusieurs jours les cartes me prédisent des douleurs et des chagrins, et cela à cause d’un vieillard ou d’un homme méchant. C’est au point que je suis tout inquiète.
Mais, tenez, je viens de faire de nouveau les cartes, eh bien cette fois c’est réussite complète accomplissement complet de tous mes désirs, mariage et bonheur, mais une grande contrariété pour ce même homme, cet affreux roi de pique qui me poursuit depuis deux semaines. Stiopa m’a dit la bonne aventure et, de nouveau, larmes et chagrins affreux.
Dans celles que je me dis il y a toujours un roi de mariage comme on dit en russe, un roi amoureux et un roi brun souvent, mais le brun avec des mauvaises et des bonnes cartes alternativement. Je vois dans tout cela que j’aurai des ennuis.
Que Dieu m’en préserve et me pardonne de croire aux cartes mais elles disent si vrai !
Au bain un accident terrible faillit arriver. Clara White, une des belles de Nice d’il y a deux ans et dont la sœur vient de mourir ici et la mère de devenir folle, Clara White vient aux bains avec ses petits neveux orphelins et son beau-frère et fait baigner un bébé de deux ans à peine. Une vague immense arrive au moment ou le père portait l’enfant dans l’eau, les renverse, les enveloppe et pendant un instant ils étaient engloutis. Tout le monde s’est jeté en arrière avec des cris, mais heureusement un baigneur saisit l’enfant et l’homme se retient à la corde.
Plusieurs secondes de suite on ne peut se remettre de cette affreuse frayeur et nous partons.
Nous avons un cuisinier russe, je dîne avec plaisir et mange une pastèque entière.
J’aime ces tours de force.
Le soir Pepino et Fiouloulou me font veiller jusqu’à une heure. C’est désolant pour de tels faquins.
J’ai vu le maçon qui doit arranger mes chambres, j’ai fait emballer devant moi mes hardes, j’ai commandé mon costume de Grâce à la couturière russe. Je m’apprête à partir jeudi.
Ces faquins m’ennuient. J’aimais la société de Girofla entre autres raisons parce qu’il se connaît merveilleusement dans tous les détails de la toilette et celle de Désiré parce qu’il est naïf.
Je n’oublierai jamais l’autre soir au deuxième bal champêtre, quand Olga me déchaussait et que Girofla dit à Godard de fermer les yeux tout en regardant lui-même, comment le petit se couvrit les yeux des mains et du chapeau, obéissant à la lettre.
Je m’ennuie à Nice, il faut partir.