CZENUKFROriginál (vícejazyčný)

Samedi 26 juin 1875

Pour la dixième fois peut être que je rêve de la maison Gioia. Ce qui est curieux c’est que je n’ai jamais vu l’intérieur et c’est de l’intérieur que je rêve, et toujours du même.
Je puis faire le plan des chambres si bien je les connais. Je sais aussi comment c’est meublé. Je voudrais pouvoir demander à Audiffret:
Pièce inséréeplan de la maison Gioia dessiné par Marie, légendes
[Plan: nord / midi / chambre meublée de cretonne à ramages / salle à manger / antichambre / salon Pompadour / grande porte / salon de satin rouge et cuir de Russie]
Plan griffonné à la plume : pièces rectangulaires annotées « salon Pompadour », « salon de satin rouge et cuir de Russie », « nord », « midi »
Plan de la maison Gioia rêvée par Marie, avec ses légendes Mon Journal, t. 5 (fac-similé) — tome05.docx image 3 (après ¶2384)
si c’est vraiment comme j’ai rêvé. Je ne me souviens pas du premier étage, je sais seulement (qu’en regardant de la Promenade) à droite il y a une longue pièce. J’en ai rêvé, mais dans ce rêve elle était démeublée et pleine de coffres.
C’est très ennuyeux de faire toilette pour rien, il fait chaud et on aimerait sortir en négligé. Mais je n’ose pas, on dira que c’est parce que Audiffret est parti.
Demain j’irai au bain pour la forme. Depuis le départ du monsieur je n’y ai pas été et quand il reviendra j’irai sans doute et cela fera jaser les pies niçoises. Demain j’irai, et tous les jours j’irai.
Nous avons vu Saëtone. Voilà une distraction.
Dina se baigne chez Lefèvre avec les Sapogenikoff.
Je m’ennuie et pour augmenter à cet agrément je me chagrine de toutes ces affaires d’argent.
On dit qu’en étant ici Alexandre a rossé Paul. Je l’en ai prié bien des fois, je ne sais s’il l’a fait vraiment.
Je reste le soir chez maman, elle me met hors de moi, je lance le coussin que j’avais sous la main contre la table, une chaise tombe et voilà des cris et presque un évanouissement. Mais après tout se calme et on parle de Collignon qui se conduit très étrangement.
Elle ne parle à personne, se cache et à l’air de bouder tout le monde. Singulières façons d’une personne en visite, car elle est en visite, chacun ne veut que lui être agréable et elle tourne le dos. Toutes les nuits se passent à pleurer. Qui sait, peut-être elle est malheureuse ? Elle pleure Tourrette, son fiancé, mais je ne sais pourquoi je ne peux croire à son amour pour lui.
rayéHier au soir j’ai ouvert un livre en pensant
Ce soir j’ai ouvert un livre ayant pensé à la neuvième ligne à droite pour lui demander si le faquin Niçois pense à moi et j’ai lu: que son cœur serait éternellement à elle.
Bigre !