Mardi 15 juin 1875

J’ai rêvé d’une fontaine jaillissante i.e., position brillante, fortune rapide, mariage avantageux. Si on pouvait croire aux rêves !
Nous sommes tous rassemblés au salon quand d’Audiffret amène et présente son oncle Saëtone. La grosse masse ! Comment peut-il être le meneur de la société de Nice ?
A six heures seulement nous partons et Girofla se met à côté de moi.
Le bout du nez me fait mal, rien ne se voit encore mais ce mal me rend de mauvaise humeur. On arrive à Saint-Jean, très joli endroit, on fait le tour du golfe en bateau. Je cause principalement avec Saëtone et Audiffret me cherche médiocrement de sorte que je suis dépitée. Nous dînons mal, et à dîner encore il se place près de moi à gauche, à droite j’ai Saëtone.
J’aime entendre parler Audiffret, malgré son accent méridional il prononce très agréablement.
Au clair de la lune nous sortons sur la terrasse en face de l’auberge. Nous faisons une philippine avec Girofla à discrétion et nous promettons réciproquement les plus grandes indiscrétions du monde. Quant à moi je sais ce que je lui ferais faire, ce que j’ai juré de lui faire faire. Marcher à quatre pattes depuis chez nous jusqu’au bain et là sauter du pont tout habillé. Je ne lui dis pas. Pardi !
Notre philippine fait rire tout le monde, mais cette fois on ne s’amuse pas comme l’autre.
Le petit Fiouloulou manque et Saëtone le remplace.
Au retour de nouveau l’homme se trouve près de moi; mais comme c’est un peu ma tante qui l’a placé ainsi, je fais changer de place à tout le monde et me trouve presque en face lui. Ainsi c’est mieux, car j’ai toujours le malheur de croire qu’il peut me penser éprise de sa personne.
Je chante et bien. Saëtone hurle, Audiffret n’a pas l’air gai, il chante un petit peu, mais pas franchement, il n’est pas comme l’autre fois. Il joue avec Olga qui est familière avec lui comme une enfant. Ils ne s’appellent ni monsieur, ni mademoiselle, mais simplement Girofla et Giroflé. C’est très gentil à voir. On rit beaucoup, moi aussi mais pas de grand cœur.
Collignon m’ennuie, elle épie toutes mes paroles et regarde méchamment et quand elle est là je suis intimidée et fâchée. Libera me Domine ab Collinionis ! [sic]