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Dimanche, 19 juillet 1874
Ayant parlé de Berthe avec M. de Tanlay, l’idée me vint de lui écrire, ce que je fis, pour que de Tanlay portât ma lettre.
Lettre recopiée · Lettre de Marie à Berthe, Spa, 19 juillet 1874 (copie)Spa, Maison Lausberg Chère Berthe, Vous serez étonnée de recevoir ma lettre, je suis moi-même étonnée de vous écrire. Nous n’étions jamais intimes jusqu’au point de nous écrire, ce que je regrette toujours.J’avais le plaisir de rencontrer ici M. le comte de Tanlay, qui est de vos amis, nous avons parlé de vous et l’idée me vint de vous envoyer un message par lui. Il fut un temps où nous nous détestions, vous vous souvenez à Bade ? Depuis c’est complètement changé j’espère.Nous nous rencontrâmes à Paris, dernièrement, mais vous ne fûtes pas aimable en ne me venant point voir. Je vais vous rendre confuse et la prochaine fois que nous irons à Paris je viendrai chez vous.Je serais enchantée de recevoir une lettre de vous, je vous crois mon amie, ai-je tort ?Nous restons encore quelque temps à Spa, c’est une petite ville très agréable.M. de Tanlay part demain et ma lettre aussi.J’attendrai avec impatience notre retour à Paris pour vous voir.Toute à vous, Marie de Bachkirsève.
Pièce insérée · Annotation ultérieure de Marie, 1876
[Annotation: 1876 Rome. Quelle lettre prétentieuse !]
A la musique il y avait une foule de cochons des villes à l’entour (robe blanche et argent, bien). Nous n’étions pas assises dix minutes quand vinrent de Gericke et Mikhaïl Petrovitch1, le Grec.
Gericke est rêveur, il reste auprès de nous sans y penser, il entame des conversations comme une machine. Depuis qu’il est ainsi, il est convenable et je ne puis placer ma belle phrase. A quatre heures et demie nous allons tous au Pouhon, où nous rencontrons M. de Jahal, un charmant homme. Basilévitch se montre à la fenêtre, Gericke court, elle disparaît, il s’arrête au milieu de la rue.
Nous dînons à l’hôtel de Flandre, Gericke vient avec nous, mais aussitôt qu’elle le vit avec nous, elle vient et l’enlève.
Nous eûmes le temps de faire une visite aux Row et de nous placer à table, avant qu’elle l’eut lâché. C’est qu’on va le prendre pour de bon, Tanlay part, on prend Gericke. Si Gericke n’est pas, on prend le petit Polonais, sinon Body même, ce qui m’étonne c’est la patience de Gericke, il sait de Tanlay et attend tranquillement son tour. Il ne désire pas avoir seul, il veut avoir voilà tout.
A la table d’hôte à côté de nous sont M. et Mme de Bauche et le comte Bloudoff.
J’avais peur que Gericke ne dise quelque bêtise devant Mme de Bauche née princesse Troubetskoy et sœur de la princesse Woronzoff. Heureusement il ne dit rien de mauvais. C’est une désagréable connaissance qu’un monsieur pour lequel on a peur. Je commence à me lasser de lui, j’aime peu ce genre commun et libre. Je ne lui refuse pas un extérieur agréable, mais l’esprit et les manières sont gâtés et inconvenants. Il a dit la sotte2 et Douchenka mais c’est permis. Mme de Bauche s’est adressée alors à Dina, disant que sans doute ce monsieur pensait dire quelque chose d’agréable et parla pendant le dîner avec elle.
A la musique le soir avec M. de Jahal, de Bauche, Merjeewsky qui a passé son examen très bien et qui revient peigné et en tube. Eristoff et Body nous font l’honneur de s’asseoir avec nous. Maman envoie chercher le baron qui rêve sous un arbre, il continuait de rêver avec nous mais vers la fin lia conversation avec moi, une conversation toute insignifiante, comme tout ce qu’il dit. Il a dit une chose inconvenante seulement, c’est:
- Quand donc me permettrez-vous de baiser votre main ?
- Mais jamais, Monsieur.
- C’est impossible, voyons.
- Alors dans vingt ans.
- Je ne veux pas alors.
- Non, dans dix ans.
- Ah ! je veux bien dans dix ans.
J’avais dans l’idée en effet de lui donner ma main à baiser avec le temps, c’est pour cela que j’ai dit ces bêtises.
Au Casino maman se place à côté de la comtesse Merjeewsky, et moi et Dina sur un autre canapé entre Gericke, Paparigo etc. et le petit comte derrière. Basilévitch n’était pas là, je voulais qu’elle vint pour donner ma lettre à de Tanlay, et je ne voulais pas. Je faisais des yeux au Polonais beaucoup, et aux autres aussi mais très peu.
Il me dégoûte et pour ne pas laisser voir que je le déteste je le regarde.
Gericke m’a demandé la permission de me faire une déclaration d’amour; après qu’il l’eut récitée le Polonais dit qu’il répétait la même chose au superlatif. Les plaisanteries étaient convenables et propres, je ne sais pas ce que Gericke a.
Arrive Basilévitch etc. je m’apprête à voir tous nos cavaliers s’envoler mais pas du tout, ils ne bougent pas. C’est surnaturel.
Je remis ma lettre au milieu d’une contredanse à de Tanlay qui est le seul véritable monsieur parmi tous ces êtres qui portent des pantalons. Il part demain, il était venu chercher la lettre mais ne nous a pas trouvés. Il nous fit ses adieux ce soir de la manière la plus charmante. Gericke et le Polonais disparaissent, Papa est au théâtre.
Nous n’étions pas rentrées une demi heure lorsqu’on frappe à la porte, entrez ! c’est Papa, cela m’étonne mais enfin. Il reste trois quarts d’heure, on cause; je montre beaucoup de finesse et d’esprit, je me moque de lui.
Ce n’était pas trop ennuyeux.
Poznámky
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩
Written in Russian in the manuscript; French translation by the editor. ↩