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Dimanche 30 novembre 1873
Je voulais me lever de bonne heure et faire beaucoup de besogne, mais comme cela arrive toujours lorsque je fais des plans pour l’avenir, je n’ai rien fait. A peine ai-je pu être prête pour aller à l’église (robe bleue, chapeau noir, bien) tous les dimanches je suis laide. J’ai une figure si fragile, dormir une heure de plus ou de moins rend ma face fatiguée.
Il nous vient plusieurs chiens; les Anitchkoff, Mme Fedoroff, Tormosoff, diadia, étaient le matin. Peut-on le croire qu’Arnoldi lui a fait une visite ! Il l’a reçu comme il faut car il connaissait un Arnoldi, un grand coquin et son ennemi.
Enfin vient the long ago spoken of Séraphine. Je m’attendais à voir une femme gracieuse, élégante, bien faite, de ravissantes manières. Mais elle entre, une tête énorme comme un paquet de foin surmonté d’un chapeau noir avec plusieurs plumes blanches, une longue robe de velours noir mal faite, le corsage garni de dentelles, des perles, des diamants, une espèce de chiffon jaune brodé sur les épaules. Sa face un peu blanchie. Affectée, maniérée, mal faite, corps allemand ou italien, tête italienne, elle me fait l’effet d’une petite détestation. Une visite très courte, le singe l’effraye, elle screams, puis on la mena je ne sais pourquoi dans mon étude, la porte s’est ouverte, le vent a soufflé, encore un scream et un saut en arrière.
La première impression n’est pas très bonne, nous verrons ensuite. Ils s’en vont tous chez Solominka dans une demi-heure, je vais les chercher, maman, ma tante et Dina et nous allons nous promener à la promenade.
Mais le vent est terrible, on ferme le landau, la musique finie à quatre heures et il n’y a plus un chat. Vraiment je hais Nice. Ensuite nous allons à l’hôtel de la Paix chercher diadia, il va à Monaco avec les nôtres. Je ne monte pas et nous restons en voiture avec Dina, mais on vient nous chercher. Séraphine me paraît mieux cette fois, je m’habituerai à ses singeries. Elle regarde maman comme je regarde Hélène; comme maman est belle, simple, unie, ronde, régulière à côté de ce petit singe. C’est my mother’s friend, - friends of girlhood. Ils partent.
Nous prenons la princesse et allons chez Rumpelmayer. Jamais je ne me suis tant ennuyée.
A dîner Pitou renverse la lampe, fait un grand tumulte, un grand bruit. Après dîner je reste en bas avec Bête et Dina.
Nous nous ennuyons toutes les trois et tâchons d’inventer quelque chose d’extraordinaire pour dissiper cet ennui, mais rien ne se présente à ma triste imagination, on échange des paroles bêtes, affectées et enfin nous jouons aux rois. Après le premier jeu je m’en vais dormir et Bête me souhaite de rêver du duque, ce que je ferais avec bonheur.
Quelle fille indigne je suis ! J’ai tout ce qu’il faut, et même plus, je fais ce que je veux, je devrais être heureuse, et bien ! Je me crée des chagrins, des malheurs, j’ose m’ennuyer ! Je me sens mal dans ma peau pure vérité.
Une nouvelle peur commence à me poursuivre, c’est que... ils se marient le 10 décembre, le mercredi prochain, et pour leur voyage de noce ils peuvent bien choisir Nice, et s’ils viennent je serai la plus malheureuse créature !
Tous dans la maison le sauront, on en parlera ou plutôt on n’en parlera pas, surtout maman et ma tante, ce qui est le plus affreux. Je les rencontrerai... et quelle figure je ferai pour dissimuler et on ne le verra que davantage. Ce sera un martyre, je ne puis penser sans pleurer intérieurement à ce qu’ils peuvent venir ici.
C’est surtout parce qu’on parlera d’eux, si personne ne les voyait je pourrais très bien le supporter, mais tous ces gens, leurs yeux, leurs regards ! Quelle torture, Seigneur.
Rien ne m’intéresse, “Mon cœur lassé de tout, même de l’espérance”. Non, Dieu ne donne pas tout ce qu’on demande, il faut mériter, et je n’ai pas mérité.
Je m’ennuie, je suis triste, le dimanche ajoute toujours à l’ennui. Les dimanches doivent être employés en travail et en prières, et on doit s’amuser lorsqu’on en a envie. Broken heart, broken spirits, broken soul, overturned plans, deceived expectation and alarming state of mind.