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Vendredi 1er août 1873
On nous réveilla à cinq heures à la frontière autrichienne. Pendant que je m’habillais à la hâte, on a ouvert la porte et le médecin avec un homme nous ont parfumés avec une poudre ou je ne sais quoi, contre la maladie « que je n’ose pas nommer ». Cela a produit un vilain effet sur moi. Je me rendormis encore jusqu’à onze heures. Depuis je ne pouvais fermer les yeux à cause de la beauté du paysage. Quelle verdure ! Quels arbres ! Quelles maisons propres ! Quelles gentilles Allemandes !
Comme les champs sont cultivés ! C’est charmant, délicieux, superbe ! Je ne suis pas du tout comme on dit insensible à la beauté de la nature, mais au contraire, je n’admire pas sans doute les rochers arides, les oliviers pâles, le paysage mort, mais j’admire les montagnes couvertes de forêts vertes, d’herbe comme d’un tapis de velours, de petits chalets charmants, des plaines cultivées délicieusement avec des laboureurs, des femmes. Le paysage grave est sans doute admirable mais c’est une admiration grave et sèche.
Ici j’étais toute la journée à la fenêtre et je ne pouvais trouver assez de mots pour dire combien je suis charmée. Je disais que c’est beau en voyant un paysage, mais je n’avais pas fini la phrase lorsque tout change et une scène encore plus belle se présente à mes yeux étonnés.
On va vite avec l’express, je ne voyais pas une minute la même chose. Tout tourne, tout passe, tout fuit et tout est si beau ! Voilà ce que j’admire de tout mon cœur. Vers huit heures le jour a baissé et je me suis enfin assise, car toute la journée sur pied ! A une station, des petites Allemandes vinrent crier à mes oreilles: « Frisch Wasser ! Frisch Wasser ! ». Je m’amusais à leur parler italien et anglais, à leur faire des grimaces. Quand le conducteur vint, je lui parlai anglais. Oh ! mais que c’est drôle de voir cette figure hébétée ! « Was ? » Je me mis à rire en me tournant.
Dina a mal à la tête.
Enfin, vers dix heures nous touchons notre but. A la gare, j’ai encore senti l’odeur de cette parfumerie qui m’a assez découragée. Nous descendîmes au Grand Hôtel, deux chambres au troisième mais il y a l’ascenseur. Tout est superbe à cet hôtel, j’en suis satisfaite. Je voulais prendre un bain mais c’est trop tard, et nous fûmes obligés de nous décrotter, après quatre jours de voyage, dans la chambre; bien que deux fois par jour nous nous lavions, mais nous arrivâmes sales comme des machinistes. Inutile de dire que ma tante avait tout le voyage une figure de pendu.
-- Es-tu malade ? Ne sens-tu rien ? N’as-tu pas mal quelque part ?
Ou bien :
-- Ne mangez pas cela, etc. etc.
Elle est très bonne, et m’adore plus que tout au monde. On nous rassure, il n’y a pas cette maladie à Vienne, et la tante changea de figure.
Comme j’aime l’Allemagne !
Il est une heure et cinq minutes, tout le monde dort. Je vais me coucher aussi.
Bonsoir.