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Samedi 12 juillet 1873
Aujourd’hui quatre heures et demie de piano, le concerto de Mendelssohn en sol mineur terminé. Je l’étudierais encore pour aller dans le mouvement.
Après dîner nous allâmes chez les Patton. J’ai trouvé Bébé en pleurs; la cause est que Mme Patton a grondé Mlle Catherine et Bébé et Catherine ont pleuré. Elle est très bonne cette petite fille, mais amoureuse de Paul. C’est si drôle de voir cela en des enfants. Paul lui a offert son bras, quand il parle elle écoute tellement, elle a l’air d’avoir peur de perdre une de ses paroles. C’est si ridicule ! Nous étions au jardin assis: Paul, Bébé et moi. Je jouais là un bête de rôle, je ne pouvais m’empêcher de sourire; bienheureusement il faisait sombre. On a allumé des feux d’artifice, encore là Paul voulait se montrer un héros, il tenait la chose dans ses mains, et Bébé le croyait vraiment un preux chevalier. Enfin quand la fumée lui a fait mal aux yeux, elle était inquiète. Elle court après lui comme un petit chien. C’était très drôle.
Paul alluma une cigarette au jardin le soir et... je suis honteuse de revenir toujours à la même chose... je me suis imaginée que lui est là et fume aussi à côté de moi. Je suis folle, mais je puis écrire ce que je veux, personne ne lira ces bêtises. Devant moi je ne suis pas honteuse d’avouer que je l’aime cent mille fois, je l’aime ! Qui peut m’en empêcher ? Personne au monde. Je suis libre de l’aimer. S’il ne m’aimera pas, je mourrai ! Non, j’en aimerai un autre. Je le regretterai sans doute.
Il est décidé que nous attendrons encore une ou deux semaines, il y a des épidémies de toutes sortes à Vienne. Je n’y crois pas. La prudence n’est pas un mal, nous faisons mieux d’attendre. Et puis je me confie à Dieu et à la Sainte Vierge. Ils me garderont, je prierai, Ils me garderont de tous les malheurs. Ils sont miséricordieux pour moi.
Je reviens encore au duc de Hamilton; je suis fâchée de m’être laissée entraîner ainsi. Je l’aime beaucoup maintenant, m’en défaire est presque impossible. J’ai de la force de caractère, j’aurais pu m’en défaire au commencement. Mais c’est si beau d’aimer, je me suis laissée aller; je savais qu’il ne faut pas, que c’est inutile, qu’il ne m’aimera jamais... Et qui sait ? Il peut se marier ou crever quelque part, ivre ! Que ferais-je alors ? Et bien, c’est un débauché, un mauvais sujet, un ivrogne, un vaurien, ça n’est pas la peine de le pleurer; il n’en vaut pas la peine. Je me consolerai très vite de la mort de ce vilain animal, je ne veux plus en parler, il peut s’en aller au loin. Ah ! non, ces paroles peuvent lui porter malheur ! Je ne le veux pas ! Je veux qu’il vive. Et avec mes stupidités je peux peut-être lui porter malheur. Pardonne-moi, mon Dieu, et garde-le !
Non, en vérité s’il me laisse de côté je ne sais pas ce que je ferai ! Si, je prierai Dieu, et Il est si bon, il faut cependant mériter Ses bontés. Je ne fais pas tout ce que je dois, je veux doublement travailler à mériter quelque chose de Lui. J’écris cela sur ma table dans la chambre à coucher, un soir.
Note des éditeurs
[Sans date, en haut de l’avant-dernière page du carnet]
Un corsage en forme de rose ou autre fleur, devant et derrière attaché sur les épaules par des guirlandes de petites roses.
Au bal costumé.
Note des éditeurs
[Sans date, en haut de la dernière page du carnet]
Heart’s ease « in 2 volumes »
« Bombay and son »
« The last days of Pompei » by Bulwer [Lytton.] « Mrs Haliburton’s troubles » by Mrs Henry Wood. « Mabel Vaughan » by the author of « the Lamplighter » « The select works of Oliver Goldsmith ».