Samedi 14 juin 1873

A sept heures du matin Sacchi vient et supplie d’acheter sa propriété avant deux heures ou il sera trop tard.
Maman voulant être prudente, va chez Malausséna le consulter. Il a dit qu’on peut acheter mais que l’acte soit fait prudemment autrement ils pourront nous faire payer le double. Ce serait trop long de dire tout.
Le fait est que la villa n’est pas achetée. Des pour et des contre sans fin.
Nous sommes sur le point de déménager et on balance, aller à la villa Baquis, ou bien acheter Sacchi et y déménager immédiatement. Le terme de l’Acqua Viva est fini demain, je crois qu’on prend Baquis, et l’autre est si embrouillé que je n’y comprends rien. A dire vrai c’est une peine énorme pour moi de demeurer là. Pour des bourgeois ça va, mais pour nous... Je suis aristocrate.
Note des éditeurs
[Quatre lignes cancellées]
J’aime mieux un gentilhomme ruiné qu’un bourgeois riche. Je vois plus de charme dans du vieux satin et de la dorure noircie par le temps, des colonnes et des ornements cassés, que dans des garnitures riches, laquées, sans goût, communes, et se jetant aux yeux. Un vrai gentilhomme ne mettra pas son amour-propre à avoir des bottes brillantes, bien cirées, une cravate tirée et des gants collants. Non que sa mise doit être slovenly, non, mais entre le négligé noble et le négligé pauvre, il y a une si grande différence.
dans la margeécriture de sa mère
dans la marge C’est vrai. [Ecriture de sa mère]
A deux heures, nous vîmes passer tous les enfants Howard dans leur landau, ils allaient à la rencontre de Monsieur, Madame et Hélène.
Une heure après, leur domestique nous apporta le dos d’esturgeon. Quelle attention !
Je ne suis pas sortie le jour, mais à sept heures, après avoir mené maman etc. à la gare, moi et Dina sommes allées voir les Swiss Times. Nous y sommes restées une demi-heure. Parlé anglais. Elle était ravie de me voir.