Lundi 11 août 1884

Je suis sortie à cinq heures du matin pour faire une esquisse mais à six heures il y avait déjà du monde et je suis obligée de m’en aller furieuse. Ils étaient vingt autour du fiacre fermé pourtant.
L’après-midi je parcours de nouveau les rues, rien ne tient plus !
Maman a été chez Bastien seule, il lui a paraît-il dit qu’il emploiera le quart de son existence à m’être agréable s’il guérit. D’abord je suis convaincue que maman invente ou arrange et ensuite s’il a dit ça, tant pis.
Il y a Mme Mackay, et moi il me prouvera sa reconnaissance en m’aidant à obtenir une médaille.
C’est amer.
Voilà que les paroles que j’appelais me font éprouver un malaise très vif, une grande jalousie... Presque du chagrin.
Il pense peut-être que nous désirons avoir un tableau gratis. Fi ! l’horreur. Il nous le donnera. Mais...
Mme Mackay ou une autre.
Aujourd’hui, il lisait un roman anglais, elle est anglaise ou américaine, enfin elle parle anglais et il lit un roman anglais. C’est qu’il pense à elle... Et alors tout ce que peut dire d’amical sa bonne mère et lui et Emile, tout ça n’est rien, c’est à côté. Je vous ai parlé ailleurs de ma rapacité en fait de sentiments. J’ai même jadis comparé Bastien aux grandes capitales dont l’approche me remplissait de trouble, d’inquiétude, de chagrin. Eh bien comment voulez-vous... quand on est jaloux de simples amis, car je le suis, comment voulez-vous... Au fait ici ce sont aussi des amis mais avec quelque chose de plus.
Maintenant qu’il est reconnaissant c’est très désagréable.
Je vais au Bois.