Samedi 12 juillet 1884

Comme la petite m'avait écrit, je suis allée à Jouy avec maman. Et j'en reviens énervée d'avantage.
Ces gens disent que si je fais les lutteurs ce sera une bravade, que le monde dira Dieu sait quoi etc. Je vous jure que je ne comprends pas tant de stupidité. En somme ces gens m'irritent mais si un sujet me tient vraiment il n'y a pas de considérations sur la terre qui puissent m'empêcher de le faire. Du reste si je parlais de ces scrupules à Bastien-Lepage et même à Tony ils hausseraient les épaules. Les Canrobert veulent un autre tableau pour le prochain salon et comme je vais bien, que je le leur ferai je suis furieuse de cette faiblesse d'avance.
Ah ! misère !
On a envoyé du saumon à la gelée à Jules. Il a daigné le trouver bon et bien voulu en manger, manifestant le désir d'en garder pour le soir. La cuisinière raconte à Rosalie qu'il y a eu trois espèces de poissons commandés pour le déjeuner mais que M. Jules les a trouvés désagréables à l'œil et les a fait enlever en défendant que sa mère et son frère en mangeassent. Ça c'est radical, mais ils trouvent que tout ce qu'il fait est bien et en ont été quitte pour déjeuner en cachette.
Ah ! le vieux maniaque ! Mais on en parle avec tendresse et ce soir on lui a envoyé une tasse de bouillon extraordinaire.
C'est égal ces Canrobert m'assomment. Voyez-vous des gens qui disent à un artiste: au lieu de telle chose vous devriez faire telle autre. Pourquoi ne feriez-vous pas ceci ou cela par éxemple ?
Ah ! misère.