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Samedi 12 janvier 1884
M. Franceschi est venu ce matin, Jules Franceschi le sculpteur, bien entendu, il a traité mes essais de modelage avec un juste dédain mais m’a fait de grands compliments sur ma peinture. Il dit que c’est une médaille pour sûr et qu’il parle de mon tableau à son ami intime Wolff.A deux heures visite de Boulanger qui a dit la même chose que Franceschi, sauf les mots médaille et Wolff.
La maréchale arrive nous prendre Claire et moi et nous allons chez Lefèvre et chez Tony. Franceschi et Boulanger sont deux viei[les]-écoles aussi dois-je être enchantée de leur approbation, tous les deux ont dit: je déteste ce genre, mais dans ce genre, c’est très bien.
Ils ont aussi fait des critiques qui m’ont flattée car elles prouvent que c’est sérieux.
Quant à Lefèvre je dois avouer que je ne rendais pas assez justice à son talent, j’ai vu chez lui des choses d’une forme idéale. L’exactitude, la fermeté, la grâce sont poussées jusqu’au bout. J’aime mieux cette forme que celle de M. Ingres, il y a dans Lefèvre des délicatesses de lignes qui littéralement enchantent l’œil. Et rien de flottant, d’indécis, une précision implacable et ravissante, personne ne fait le nu comme lui... Ce n’est pas d’une belle peinture grasse d’accord, mais il y a des raffinements et des délicatesses exquises en même temps qu’une grande puissance.
C’est un maître. Ses portraits sont admirables, quoique manquant d’éclat et peut-être d’au delà.
Mais la forme est si juste que cela fait oublier tout ou presque. Et dire Voilà qui aurait fait mon portrait ! Et dire que je m’attendais à trouver dans Tony, ce fidèle interprête de ma personne...
Tony c’est la science... A peu près, c’est une maquette enfin.
Lefèvre n’a pas du tout le physique de son talent, il a l’air d’un gros coiffeur, il a une charmante femme et de jolis enfants et il dessine aussi bien que Bastien-Lepage.
Au commencement il n’avait pas bien compris que c’était moi, il ne m’a pas reconnue et m’a demandé de mes nouvelles me prenant pour ma cousine probablement, cette erreur a duré une demie-heure et après, il est devenu très aimable et m’a remerciée de l’honneur que je lui faisais en venant chez lui, ajoutant qu’il est particulièrement heureux de me voir etc. etc.
Il viendra voir mon atelier dimanche prochain.
Voilà des gens qui sont de l’atelier Julian et que ce gros Juif n’a jamais songé à m’envoyer. Ces Canrobert sont des anges.
— Comment c’est vous Mlle ! C’est vous ?
— - Mai oui, Monsieur;
— - Oh ! mais alors permettez-moi de vous dire que je suis particulièrement heureux etc.
Ça a été un changement de figure ! Et quand je serai célèbre ces choses-là seront bien plus accentuées...
Ce soir à dîner quelques personnes seulement, les tout à fait intimes. Les Gavini, Géry, Saint Amand, Julian, Villevieille, Tchernitsky qui arrive par hasard.
Je me mets en blanc à cause du nouvel an et suis très gentille. Vers onze heures sont arrivées la maréchale et Claire, elles étaient au contrat de Mlle de Saint-Martin.
(suite au prochain livre)