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Lundi 25 juin 1883
Déjà hier soir j’étais revenue sur les envois de Rome, je les revois ce matin et l’impression du soir se confirme. C’est drôle comme du premier coup je ne me rends jamais compte, ainsi je vois bien mieux les tableaux deux jours après les avoir vus qu’en les regardant. Je prenais cette particularité pour de la stupidité mais Balzac me rassure, il dit que chez beaucoup de grands esprits la perspicacité n’est pas spontanée. Et que chez les natures douées de la faculté de vivre beaucoup dans le présent la seconde vue a besoin d’une espèce de sommeil pour s’identifier aux causes. Richelieu était ainsi. Enfin quoiqu’il en soit le tableau de Schommer est abominable, vide, bête, poncif... Et détestable. Celui de Doucet est réellement d’une couleur ravissante et la facture fait penser à Bastien et même à A. Morot dans sa tentation de Saint-Antoine... Mais ça ne se tient pas debout comme pensée et caractère. Ce ton seul et rien d’autre.Sans croire que je suis poitrinaire car mes cheveux augmentent dans des proportions très considérables, ils sont vraiment beaux à présent quoique venant seulement jusqu’à la ceinture.
Bojidar est venu ce soir avec son chien, faute de mieux... c’est toujours ça. Mais je ne puis me passer d’un être intime qui reste là prêt à tout écouter, à opiner du bonnet, à raconter des histoires ! Homme ou femme. Alice a joué les confidentes; le capitaine Blanc dans le temps, et l’architecte plus important qu’Alice ou Bojidar à cause de Jules... Chez nous il y a toujours quelqu’un qui est l’ami intime qu’on choie, à qui on raconte tout et qui finit par faire quelque petite vilenie.
Avec Bojidar ça n’est plus à craindre, il n’y aura qu’à le rosser s’il ne marche pas droit. Jules est rentré à Paris. Bojidar l’a vu.
Saint-Amand est venu ce matin toujours toqué.