Dimanche 3 juin 1883 - Grand Prix

Ma tante, Dina, Mme Gavini et moi.
Nous n’allons qu’au retour de courses. J’ai voulu être très bien et je le suis. Je me néglige trop souvent, voilà plus d’un an que je porte presque toujours un chapeau pareil et qui me va mal et n’importe quelle robe. C’est que je ne sors que pour affaires et alors j’ai le tort de penser que cela m’est égal. Dorénavant je veux être toujours bien arrangée, ça n’empêche pas d’avoir du talent... Donc je me mets en blanc écru, un chapeau de paille blanche avec des ailes et une plume blanches. Un chapeau assez petit mais très seyant. La robe est garnie de broderies très délicates, le gilet est tout brodé et le corsage se noue devant comme une espèce de Figaro. L’aspect est très pimpant et en même temps sobre. Si on s’habille avec extravagance on ne peut pas savoir l’effet qu’on produit, car alors c’est la robe qu’on regarde. Suis-je folle ou sage de me caserner au lieu de me promener partout... Eh ! j’ai déjà répondu, je n’ai pas le choix !...
Je serais si jolie si je sortais beaucoup et ne pensais qu’à cela. Sans être régulièrement belle je suis gracieuse et éclatante... Quand je suis de bonne humeur... Et il me semble que si comme les autres femmes je ne pensais qu’à plaire, j’y arriverai... Mais je n’y pense pas du tout, sauf une fois par hasard et alors c’est forcé et ne va plus.