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Mardi 21 février 1882
Oh ! un succès monstre, nous allons lundi à la bataille de fleurs déguisés mais sans masques. Papa, maman, ma tante et la princesse se tenaient modestement en arrière et Dina, Paul, Nini, Bojidar et moi sur la brèche, tous cinq jeunes, pimpants avec nos costumes Watteau blancs, rubans mauves, violettes, un œil de poudre avec le soleil jouant sur tout cela. On nous a inondés de fleurs et salués d’exclamations tout à fait flatteuses tout le temps; les grands bouquets pleuvaient, nous avons riposté enfin c’était ravissant, ravissant, ravissant. Et tout le monde était tellement sûr Que notre char aurait la bannière d’honneur que c’est dans les journaux ce matin et pourtant nous n’avons rien eu. Le comité avait d’autres chats à... récompenser mais si ç’avait été le suffrage universel !! Je vous dis que nous sommes revenues grisés de notre triomphe. Bojidar n’arrêtait pas de nous le raconter comme si nous n’avions pas été là, et avez-vous entendu celle-ci ou tel autre ou encore celui-là, ce qu’on nous a dit comme on a applaudi, et le peuple, jusqu’aux marchands de fleurs qui nous ont jeté des bouquets. Et on oubliait Sarah pour chanter nos victoires avec ses épaules en porte-manteau, ses longs bras, ses mains tortillées... Du reste nous dansons encore, mardi a été un peu obscurci par l’ignoble conduite du Comité qui a donné une première bannière aux Lewin et Durand qui n’avaient rien de bien joli et une troisième bannière aux pierrots Louis XV qui méritaient amplement la première. Justice ou es-tu ??! Mais le soir ! Du reste c’est immortalisé en silhouettes à l’encre. D’abord nous nous rendons chez Tiste qui nous loue des dominos de calicots à pois rouges, nous achetons des loups et allez donc: Bojidar et moi en avant, Dina, Paul et sa femme se traînaient péniblement et s’arrêtaient toutes les dix minutes pour dire: rentrons, il n’y a plus rien à voir. Mais Bojidar a sauvé la situation en se démenant comme un diable, je n’ai jamais rien vu de pareil, à lui tout seul il a amené la foule assez morne composée d’étrangers qui venaient voir tout cela d’un air triste. Non ma parole d’honneur il y a des gens !Bojidar a danse le cancan pendant un quart d’heure devant un monsieur, nous disions les choses les plus droles et il ne s’est pas déridé. Enfin nous avons fait semblant de croire qu’il avait un masque en carton peint et qu’il y avait longtemps qu’il riait là-dessous. A un moment donné deux cents personnes se sont mises en branle devant l’inénarrable chahut (Oh ! pardon) de Bojidar, il y a un certain air que nous chantions auquel on ne peut résister, je danse encore en écrivant...