Vendredi 20 janvier 1882

Très jolie soirée hier chez la comtesse de Kessler, l’ambassadeur d’Allemagne, de Turquie, l’élément allemand dominait naturellement, aussi comme je me plaignais de mon rhume à un de mes danseurs, il me dit d’un air très fin qu’on ne danse pas avec le nez mais avec les pieds. Et cela accompagné du plus aimable sourire. Etincelle était là ainsi que la marquise de Lambertye qui est une ancienne entrepreneuse en bâtiments richissime et qui ayant épousé le marquis de Lambertye reçoit très bien.
Elle a été à notre soirée avec Mme de Kessler, nous sommes invités à ses mercredis. Puis une baronne de Patlingen de l’ambassade d’Autriche... laide et fréquentant Mme Turro, une roulure mondaine enfin. Et d’autres qui ont été fort aimables avec nous. Du reste notre soirée a fait beaucoup d’effet. Je suis très invitée à danser mais toujours par prudence je ne danse que que quatre ou cinq fois, est refusé onze danseurs entre autres le petit Fleury, le fils du Général, avec lequel nous causons et qui est très gentil, nous nous sommes du reste souvent rencontrés chez Dalmas avec les Gavini et puis à notre soirée. On fait aussi connaissance avec la belle Mme Gauthreau qui a le plus beau corps du monde et une tête de nymphe de Jean Goujon. Elle se teint les sourcils et le visage de façon à ressembler horriblement à un mannequin de magasin mais c’est égal elle est si belle, si belle, si belle, si majestueuse, sublime avec son grand front serein... Admirable. J’ai vanté Mme Bernardaki, eh bien celle-ci la surpasse de beaucoup, on ne peut pas rêver de plus belles épaules, un cou plus admirablement attaché, une poitrine plus belle. Elle se découvre beaucoup mais sans indécense, du reste le décolleté n’est indécent que chez des femmes mal faites où les chairs rebondissent pressées ou déplacées par le corset.
Assise près d’elle j’ai plongé dans le corsage et j’ai vu que la forme est vraiment divine. Des pieds courts et gros à ce qu’il m’a semblé, ce serait dommage.
Je suis si tourmentée, je ne fais rien ici, j’ai envie de partir et je voudrais finir ce portrait pourtant et il fait des brouillards si épais qu’on y voit bien mal.