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Samedi 31 décembre 1881
Toute la journée tout le monde se querelle. Mme Gavini m’envoie un fort joli plateau pour cartes et un éventail à Dina. Villevieille vient et me trouve en colère contre un tas de gens et de choses.Enfin je vais pour me remettre chez Tony et lui montrer l’esquisse du portrait de la femme à Paul. Il l’a trouvée très originale très originale, très original d’arrangement et bien parti. Le très sympathique Tony s’est montré enchanté de me voir en bonne santé et après avoir causé gaiement nous avons abordé le très grave sujet de l’Art et Breslau entre autres. Son tableau est très bien, certainement dit-il, elle est très bien douée, elle lui a montré des dessins charmants de sentiment et d’émotion. Elle a certainement le feu sacré et une volonté de fer. Et le sentiment de la construction, à un si haut point... Ah ! ce papier est incapable de m’interprêter ! Tout le feu, toute la fièvre...
Oh ! travailler nuit et jour... tout le temps, tout le temps et faire quelque chose de bien !! Je sais bien qu’il dit que le jour où je voudrai je ferai autant qu’elle, je sais bien qu’il m’a gratifiée des mêmes qualités mais je suis à pleurer, à mourir à m’en aller n’importe où, où je pourrai... Est-ce que je pourrai ! ! Ah ! Tony a confiance en moi mais moi je n’ai pas confiance... Je suis dévorée du désir de bien faire et je sens mon impuissance... là je m’arrête, comme on me croit à la lettre on n’aurait qu’à croire vraiment.... Je le dis avec le désir d’être démentie...
Ah ! Seigneur, je vous écris tout cela et dépense mon temps à chercher de la littérature pour exprimer mes tracas, et Breslau moins bête dessine et travaille.
Tony est tout rajeuni depuis qu’il s’est mis en tête d’organiser la société des artistes libres, il a fait un rapport très applaudi et a recherché sur toutes les sociétés qui ont jamais existé, et il craint d’attacher son nom à cette histoire... Il en a du feu aux yeux. Ce que c’est que de...
Ah ! si je faisais un bon tableau, je serais régénérée aussi.