❦
Samedi 26 novembre 1881
Je devais aller chez Tony et pour nous entendre vous vous rappelez pour travailler sous ses yeux et pour lui montrer mon esquisse et décider quelque chose. Mais je ne suis pas sortie. Je suis faible et ne puis rien manger ayant probablement toujours la fièvre...C’est horriblement triste d’être maintenue dans l’inaction par par... Je ne sais quoi ! de n’avoir pas la force enfin ! Charcot est revenu.
Maman et Dina sont arrivées hier appelées par des dépêches insensées de ma tante. Ce matin Dina reçoit une lettre de sa sœur qui demande comment je vais.
« Si la dernière dépêche est vraie, dit-elle c’est affreux ».
Je m’imagine ce que cette sacrée-folle a dû écrire avec son orthographe de portière. Là-dessus je me mets à pleurer. Voyez-vous on me met dans un tel état d’exaspération avec toutes ces histoires que je me sens capable de commettre un crime, je vois rouge, je voudrais les étrangler, leur déchirer le visage à coups d’ongles, leur arracher les cheveux et piétiner toute cette abomination sanglante.
Ils me rendront folle, ils me rendront folle vous verrez.
J’ai pris froid je sais, mais ça peut arriver à tout le monde...
Et puis non, tout est fini, j’ai les oreilles dans un triste état avec ce rhume et cette fièvre, à quoi puis-je aspirer, qu’est-ce que je puis avoir. Il n’y a plus rien à attendre.
C’est comme un voile qui s’est déchiré l’autre jour, il y a cinq ou six jours, tout est fini, tout est fini, tout est fini. Et ils ne veulent même pas respecter mes dernières manies, me laisser tranquille.