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Jeudi 18 août 1881
Avec ma peinture je n’ai rien dit du départ d’Oelsnitz, voilà déjà longtemps qu’elle veut s’en aller, on l’a toujours retenue. Mais la pauvre enfant est à bout de forces, elle s’ennuie à mourir; pensez-donc, moi je dis bonjour et bonsoir et tous les soirs je me reproche de ne pas causer d’avantage et tous les jours cela recommence.J’ai eu cent cinquante élans généreux pour me rapprocher d’elle mais ça en est resté là et je trouve mon excuse dans les tristesses qui m’accablent.
Ma tante ne dit rien non plus excepté pour les choses du ménage et puis elle est dure, peu délicate... une excellente femme à ce qu’on dit... Enfin elle est partie la pauvre petite; une nature vraiment angélique et ce départ m’a serré le cœur bien fort, mais elle sera plus heureuse là-bas, elle vivra comme tout le monde, elle a des amis incomparables dans la famille Anitchkoff. Mais ce qui surtout me chagrine, c’est que je ne puis plus réparer ma froideur, mon indifférence; je la traitais comme maman, ma tante, Dina, mais les miens ça leur est moins pénible, tandis que cette enfant étrangère, seule, si douce, si calme, aussi je suis allée droit à la Réunion pour ne pas laisser de place aux attendrissements. Elle est partie hier à neuf heures, je ne pouvais pas parler... pour ne pas pleurer, et j’ai affecté un air détaché mais j’espère qu’elle aura vu... Non, j’aurai du oublier un peu mes ennuis et m’occuper de cette fille angélique. Il est trop tard et je ne fais que me vanter en exprimant ces regrets qui font croire à du cœur... Il est facile d’en avoir après coup et gratuitement.