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Vendredi 25 mars 1881
Ce soir à l’opéra avec les Gavini. Robe de crêpe merveilleux blanc, ouverte à l’Empire, manches longues et transparentes. Taille extraordinaire, coiffure avec des boucles tombant dans le dos d’un chignon très serré. Un faux air de La Vallière.
Le marquis (Casa Riera) qui demande toujours de mes nouvelles est resté peu de temps comme d’habitude. Il m’avait demandé chaque fois aux Gavini et comme il est aveugle Mme Gavini a dit en m’amenant: la voilà la charmante petite russe. Nous avons encore Duvernoy, le cousin de Gavini, il est jeune chevreau, jeune aussi, Gabriel également jeune, Géry, Basire jeune et charmant, puis Sarlande et le marquis de Graves qui était dans la loge du duc de Nemours et de la comtesse d’Eu, future impératrice et Saint Amand que j’oubliais !
La mère Gavini dit que j’ai flirté tout le temps et ça la réjouit, moi aussi du reste.
Seulement Gabriel a enlaidi, et la première impression a été si déplorable que je ne pouvais pas lui parler, je le lui ai dit, du reste avec beaucoup d’autres naïvetés de ce genre.
Nous sommes restés deux actes je crois à dire des bêtises. On donnait Faust que je n’ai pas écouté du tout. Je tenais la lorgnette devant mes yeux pour qu’on ne vit pas trop que je parlais tout le temps. Gabriel ne me dit plus rien mais je m’amuse assez avec lui. J’ai la tête remplie de Cassagnac que je ne vois jamais et chaque fois que je sors je me dis: si j’allais le rencontrer là et que penserait-il de moi etc. Et je ne ne le rencontre jamais. La Reine que nous avons rencontrée hier au Bois et qui a salué maman très gentiment va dit-on donner un bal travesti et Cassagnac y sera sans doute. Je me déguiserai comme la dernière fois ou en nymphe Louis XV ou en Rose, robe blanche couverte de roses épanouies et en boutons. Mes guirlandes du bal Dalmas étaient si admirables, des roses qui s’effeuillent, que ça s’envolait et avait l’air de se faner, plusieurs ont dit à Dina que c’est dommage que ces fleurs se fanent déjà.