Lundi 31 janvier 1881

Sommes invitées à dîner chez les Juvisy avec E. de Girardin.
La mère Gavini, puis Saint Amand puis Alexis; je venais justement de rentrer. Mais avec Alexis qui ne parle pas fort je suis très gênée.
Ah ! il ne me manquait plus qu’une pareille chose dans la vie !
Julian et Tony, Julian surtout puisqu’il l’a vu plus souvent sont contents du tableau et me l’ont dit, et Julian me l’a dit plusieurs fois et j’en étais contente moi-même et très montée. A présent ça tombe, je ne suis plus satisfaite de ma composition et j’ai beau me répéter que Tony l’a vu deux fois et m’a dit que c’est très bien arrangé, amusant et qu’il ne faut rien changer. Julian me dit de ne rien changé. Je n’ai plus confiance. Julian aussi me dit de ne rien changer. Enfin tout le monde trouve cela bien, un groupe du second plan surtout très joli mais je ne suis pas contente. Je vois ça autrement, il ne faut plus songer à des modifications, il est trop tard... du reste...
C’est tout de même curieux que tant de choses me choquent dans ce tableau et ne choquent ni Julian ni Tony... C’est qu’ils pensent que je ne puis pas faire mieux et ne veulent pas me laisser enfoncer en cherchant midi à quatorze heures...