❦
Vendredi 28 janvier 1881
Potain est revenu, je l’amuse par des bavardages insensés. Un coup de sonnette à dîner, c’est l’oncle Etienne qui arrive de Nice où il s’est installé avec Mme Hamsley.Il parle de sa femme comme d’une sainte bien-aimée, hypocrite. Et à mes reproches il répond que tout ceci va s’apaiser, qu’il se réconcilieront et que Dieu seul est sans péché. Et cela sans arrogance mais simplement, bonnement comme un honnête chrétien. C’est si odieux, si c’était de l’affection. Ils prennent cela en douceur, c’est un peu le caractère russe. Ils nous apportent des nouvelles de Nice, des détails sur la villa, les bêtes, les gens, les anciens fournisseurs, tous les cochers de fiacre, les boutiquiers, tous les citoyens sauf ceux de la société, ils demandent des nouvelles, nous connaissent tous par nos noms, c’est touchant de loin, comme un parfum...
Enfin la vie à Nice était atroce mais tout cela... Et puis je suis si malheureuse. Je suis enterrée. Il n’y a pas d’issue, tout est fini.
Il raconte aussi les affaires de Russie, il serait fastidieux d’en parler ici car Vous connaissez l’incurie, l’indolence et l’enfantillage de ma famille... Inutile d’insister.
Oh ! ma vie est atroce... et lorsqu’à cinq heures j’ai fini de travailler je me sens perdue.
Etienne a vieilli et engraissé et il rappelle encore plus qu’avant Cassagnac.
Oui, je suis enterrée !
Vous avez lu des romans de jeunes filles qu’on enferme de force dans des couvents et bien voilà... C’est horrible, c’est atroce, c’est hideux, c’est inhumain, contre nature, contre Dieu et Dieu quel qu’il soit je l’invoque et tombe à genoux pour qu’il me délivre !