Dimanche, 26 octobre 1879

Je suis allée visiter un atelier qui se loue en face de notre maison et puis j’ai travaillé. Multedo est venu et je lui ai dit des sottises puis maman, ma tante, Dina et moi allons nous promener au Bois.
J’ai un chapeau de feutre gris-beige sur le front, pas grand, un peu Louis XIII, qui va très bien, c’est pour cela sans doute que Joseph m’a honorée d’un long regard en se retournant pour mieux voir encore.
Moi, je me tenais dans le coin du landau pelotonnée et la tête dans la même direction que le corps, par conséquent j’ai pu supporter le regard du chaste jeune homme avec une indifférence tranquille, très gracieuse chez la femme.
Berthe s’étant invitée hier à dîner pour aujourd’hui nous avons invité ceux qui se trouvaient là, MM. de Tarente et Turquan. Puis le mari de Berthe, Bojidar, Alexis et le vieux Prince. De sorte que nous avons l’air de nous amuser et je crois bien que tout le monde s’est amusé surtout l’excellent Turquan. Vous ai-je dit que ce que c’est le marquis de Tarente ? C’est un très joli garçon brun, conducteur de cotillons, bon danseur, excellente famille; très gentil, très lancé. Enfin c’est un des assez bons produits de ce qui se fait dans ce genre.
Pas de fortune naturellement. Ai-je besoin de vous dire que cela n’existe pas pour moi.
L’oncle de Toulouse tire les cartes d’une façon miraculeuse, il a deviné trente-six choses à Rosalie que personne ne savait, elle en était toute tremblante. Et chaque fois qu’il fait sa cabale cela arrive. Est-il besoin de dire que les choses à moi annoncées sont très agréables ?