Jeudi 11 septembre 1879

A quoi me sert Hecht ! Non ! Non, je suis trop découragée !! Rien ne me réussit, pourquoi voulez-vous que la combinaison Hecht me réussisse ! Ce Juif a déniché une marine faite à Dieppe au dernier moment et il en est si fou qu’il m’a fallu la lui donner. Ah. que la vie est triste et que Dieu est impitoyable.
Se résigner. Mais est-ce que cela est possible. Et si Dieu ne veut rien me donner pourquoi ne pas calmer mes tourments en m’ôtant touts ces idées.
Contre toute attente tous ces gens sont venus ce soir, Da Costa, Fénelon, Alexis, Blanc, Hecht, le prêtre russe.
Vers le milieu de la soirée je me suis mise en Directoire, ce qui m’a donné de la vivacité et de l’esprit. L’oncle observe et fait des remarques drôles, il les prend pour des amoureux, moi, je vous l’ai déjà dit, je ne pense plus à ces choses-là. C’est samedi le dîner Hecht. Cela promet d’être intéressant, je n’en dis rien parce que je crains que cela ne réussisse pas... du reste Joseph n’y sera pas, c’est donc en dehors de ce jeune secrétaire qu’il faut chercher. Hecht est très fier de nous donner M. de Beyens, le ministre de Belgique, il y aura... mais ne perdons pas de temps à dire qu’il y aura, il faudra le redire encore samedi. Je suis assez contente, les choses... c’est-à-dire mes paroles et mes misérables petites combinaisons semblent poussées par une brise favorable, du reste cela change tous les jours comme la surface de l’eau et tantôt tout me semble perdu, tantôt de légers symptômes d’amélioration se produisent... Un mot qu’on me dit, une inflexion de voix que je surprends me ravissent ou me confondent... Tantôt je me crois morte et tantôt à la veille de sortir des ténèbres.
Je rends grâce au ciel de n’être plus folle comme lorsque je croyais amuser Cassagnac... Sa femme est bête et bavarde « comme votre Anglaise » dit Blanc. Il la trompe avec Mme de Bois-hébert et il y aussi la reine Isabelle qui accapare pas mal le noble chevalier. C’est ça qui est vilain... Mais j’oublie cet homme...