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Dimanche 20 juillet 1879
Je suis restée trois heures chez les Gavini où se sont succédés MM. Galloni d’Istria, de Vallon, de Chaudordy, de Chateaurenard, de Pressac, Géry, etc. etc. Quelques dames aussi mais je me suis tenue dans le cabinet de Gavini avec les hommes à écouter et parler politique. J’ai eu quelques phrases heureuses, ce qui m’a rendue écouteuse agréable et de bonne humeur. Il n’est question que de la réunion d’hier, de l’attitude du Prince aux funérailles et de tout ce que vous savez par les journaux.Je ne me suis jamais aussi bien trouvée qu’au milieu de ces sénateurs, anciens ambassadeurs, anciens conseillers d’Etats ou députés. Les questions s’y prêtant chacun fut intéressant et spirituel. C’est le fils du baron de Nervo qui a apporté les nouvelles les plus fraîches de l’avenue d’Antin et qui a essayé de ramener Gavini a de bons sentiments. Mais Gavini tout en donnant son adhésion se tient sur la réserve. Il dit que s’il n’avait été intime avec le Prince les choses seraient simples mais ils étaient amis et puis se sont traités de « prince rebelle » et de « saltimbanque » d’un côté et d’un autre. En somme il n’irait là que si le Prince lui envoyait Géry ou un autre ami le priant de venir. C’est pour cela je crois que Géry est arrivé après une heure que Nervo fut parti.
Et Géry qu’on m’a présenté à l’Exposition est un intime du Prince. Je les ai écoutés avec Gavini après quoi Géry voyant la résistance bruyante de Mme Gavini me dit en riant de la convertir et comme Mme Mercier, l’ancienne ambassadrice arrivait il me prit à part et se mit à me vanter le Prince comme si mon opinion était quelque chose, en ajoutant qu’il fallait ramener Mme Gavini. Ce n’est pas que les Gavini soient indispensables mais ils sont assez utiles, lui surtout est de bon conseil, la mère Gavini voulait que je la soutienne et Gavini et Géry tout en disant leur pour et contre me regardaient de temps en temps et je leur faisait à tous deux des signes d’approbation de sorte qu’à la fin Gavini m’invoqua et Géry assura que Jérôme avait mes sympathies, qu’il l’avait vu à mes yeux. Ce qui m’amuse bien c’est que des gens sérieux m’aient presque sérieusement acceptée dans leurs débats, je ne parle pas seulement de ces deux mais de tous les autres.
Quant à Cassagnac, il n’a pas vu l’impératrice, ni lui ni sa femme. Il en était même assez vexé et Gavini le fit remarquer à Piétri qui écrivit sur sa carte, qu’il chargea Gavini de remettre à Cassagnac, les quelques mots suivants: J’apprends que vous êtes à Chislehurst avec Mme de Cassagnac. Ne partez pas avant de m’avoir vu « ou quelque chose d’analogue ». Mais Gavini n’a pas revu Cassagnac et la carte est ici et il me l’a montrée en disant:
- Cassagnac y était comme nous tous et même moins que nous puisque j’étais dedans à Camden et il était dehors à Chislechurst .
Tous ces grands bons hommes n’avaient pas besoin de me convertir. Le Prince Jérôme me séduit déjà parce qu’il est homme d’esprit. Naturellement on cite et colporte ses mots, et il ne se gêne pas pour railler... doucement ses sujets. Ces gens-là, dit-il, viennent toujours m’offrir la couronne. Si je l’acceptais, comme ils ne l’ont pas sur eux, ils seraient obligés d’aller la chercher et pendant ce temps arriverait le commissaire de police avec l’ordre d’expulsion.
Monsieur Géry (père, bien entendu, le fils est attaché à l’Ambassade à Bruxelles) est bien aimable et je vais la cultiver à chaque occasion. C’est l’ami très grand du Prince.