Samedi 12 juillet 1879

Lisez les journaux.
Je suis allée montré le portrait de Dina à Tony qui m’a fait des compliments. Mais cela ne parvient pas à m’ôter cette somnolence, cette tristesse, ce quelque chose d’horriblement pesant... On dirait que j’assiste à la cérémonie inconcevable de là-bas.
Toutes mes tristesses personnelles viennent renforcer cette émotion profonde, douleur inexplicable.
Mon Dieu ! Pourquoi avez-vous fait cela ! Mon Dieu pourquoi avez-vous fait cela ?
Madame Gavini est venue me prendre et nous sommes allées au Bois. J’ai compté là-dessus pour me secouer mais j’ai appris que la femme de Cassagnac va chez la reine d’Espagne et que la reine l’embrasse et que Mme de Cassagnac a dit à la reine qu’elle est invitée par l’impératrice pour six jours à Chileshurst et qu’elle lui écrirait de là les détails.
- Elle y est allée comme tout le monde, ajoute Mme Gavini, je vous demande si l’impératrice va s’occuper de Mme de Cassagnac. Aussi tout le monde s’en moque, ils sont trop menteurs ces Cassagnac.
- Mais Madame ceux qui savent en rient mais cela en impose aux autres, dis-je.
- Eh ! tout le monde à Paris le sait ! On en rit.
Tout cela est inévitable mais cela me contrarie bien quand même.
On dit que Popaul va passer à M. de Chambord, les légitimistes sont dans la joie, les portraits de Cassagnac fourmillent dans les couvents. Pour l’édification des religieuses sans doute. Mais si notre candidat accomplit cette évolution il le fera avec toute l’adresse qu’il possède. Et je crois comprendre maintenant le but de ces derniers articles sur Jérôme et les garanties etc. Cela le rendra bien heureux. Son idéal serait d’être fils de croisé et de défendre le Roy et Dieu, Dieu et le Roy avec sa bonne lame de Tolède. Nous verrons...
Je suis très malheureuse, quelque chose de noir et de triste m’enveloppe toute entière. Et je me surprends toujours à penser aux affreuses cérémonies de là-bas. J’ai pleuré mais pas assez, je suis oppressée.