Mardi, 15 avril 1879

Julian est entré en annonçant la mort de notre Empereur et j’en fus tellement saisie que je ne n’y comprends rien. Tout le monde s’est levé pour me voir: je devins blanche, des larmes dans les yeux, des lèvres tremblantes. Me voyant toujours me moquer de tout, l’aimable Julian a voulu rire, la vérité est qu’un individu a tiré quatre coups à bout portant et que l’Empereur n’a pas été atteint.
Et Julian se tapait la cuisse et s’écriait qu’il ne m’aurait jamais de sa vie cru capable d’une telle émotion. Mais, ni moi non plus. Je remercie le ciel qu’il ne m’a pas annoncé le mariage ou la mort de quelqu’un d’autre car je crois que cela était à cause du moment j’aurais tremblé à n’importe quelle nouvelle. Enfin, l’Empereur ne compromet pas au contraire je ferai courir le bruit que je serai sa fille.
Nous sommes allées au concours hyppique; chez Gavini nous trouvons Multedo et Filippini, mais au concours une foule et personne exceptée la Randouin.
Je me suis fatiguée et ennuyée.
Puis je suis allée faire ma paix avec Caroline et me commander une robe.
Bojidar est venu dîner et m’arranger mes livres; c’est un petit poseur bon enfant qui se croît un enfant gâté, un type, un original qui a tout vu, tout lu, et auquel comme Berthe, il arrive toujours des évènements extraordinaires.
A propos de Berthe, elle est venue hier.
C’est curieux comme quand je suis seule je suis portée à l’élégie. Je me récite La Maison Blanche de Nadaud et je pleure où il faut, quant à la musique, le monologue souligné d’Amnéris dans le dernier acte « d’Aïda » me donne autant d’émotions que j’en veux. C’est un morceau de musique extraordinaire et admirable.