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Dimanche, 9 mars 1879
Savez-vous que c’est une grande consolation que d’écrire.
Il y a des choses qui vous détruiraient si vous ne les destiniez à être lues et par conséquent « divisées à l’infini ».
Savez-vous aussi que je ne me souviens jamais avoir obtenu cent francs sans drames ? Chaque fois que j’ai à payer à l’atelier je dois subir un dialogue plus ou moins mouvementé. Les notes se payent parce qu’il n’y a rien à dire aux marchands mais quand je demande de l’argent vivant... Ces dames sont amusantes, elles me poussent souvent à acheter un chapeau totalement inutile ou bien elles m’encouragent à faire un chef-d’œuvre comme mon dernier voyage et quand je demande 300 francs pour payer ce que je dois à Julian pour trois mois d’atelier, on fait un tas de difficultés comme si on pouvait éviter ce payement.
Savez-vous aussi que c’est une existence diaboliquement assommante !
Goldsmid et sa femme sont venus rester une heure ici. Quand aux autres, nous n’avons fait savoir à personne que nous sommes de retour et recevons. Je ne suis pas allée voir Berthe parce qu’elle est chez sa mère et que sa mère n’est jamais venue depuis ce joli mariage.
Je suis contente de trouver qu’un homme comme Dumas fasse cas de la qualité du papier, de l’encre, des plumes. Parce que chaque fois que quelque accessoire m’empêche de travailler je me dis que c’est paresse et que les grands peintres n’avaient pas de manies.. Attendez., je comprends que subitement inspiré Raphaël dessine sur un fond de tonneau sa vierge à la chaise, mais je crois bien pourtant que ce même Raphaël pour peindre et achever ce même tableau a eu recours à tous ses outils favoris et que si on lui forçait à prendre une place contre son gré il serait enervé comme je le suis simple mortelle à l’atelier Julian.
Voici à présent., je voudrais bien faire un livre parce que celui-là est si long et qu’on ne pourra pas le lire.
Vous ne comprenez pas que devant trois cents francs cela m’ennuie d’allier à l’atelier sans les payer ?
Je les paye demain par bonheur. Vous ne comprenez pas non plus qu’ayant mes albums mélangés avec des livres et des chiffons et des planches que pose le menuisier je sois peu disposée à faire des croquis ?
Enfin que m’importe ! Allez-vous en au diable.