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Jeudi, 23 janvier 1879
J’ai passé chez Mouzay toujours en vue de samedi. J’ai eu l’embêtement d’entendre cette vieille sotte (et ici je déclare hautement que je lui retire tous les bons points que je lui accordais quand elle a fait mes éloges; ces éloges ne valent pas trois sous, elle vit dans un milieu qui n’a rien de commun avec moi, on joue aux petits papiers chez elle; on chante des chansonnettes. Bref si j’ai jamais dit qu’elle avait de l’esprit ou des manières ou du bon sens, je m’en dédis et déclare l’avoir dit alors à la suite d’une flatterie. C’est une bonne femme voilà tout. Donc j’ai entendu cette vieille sotte discourir sur la croissance, les manières etc. et parce que je suis venue souvent chez elle ces derniers jours, me conseiller de soigner mon écriture, de ne pas faire de taches d’encre et puis parler de comment on doit faire son salon, de qui on doit s’entourer et enfin critiquer nos connaissances, dire que tel ou tel sont des bourgeois et que ses amis (des mines de l’autre monde) sont ça et ça, des ambassadeurs en herbe, des... bêtises enfin et puis qu’une femme de mon esprit ne doit tenir ni au chic ni à la vanité.
Imbécile et vaniteuse femme toi-même, vieille bête !
Je lui ai répondu sèchement, il faut remettre ces gens-là à leur place de temps en temps.
Vous comprenez enfin tout ce qu’il y a d’énervant d’entendre parler de tout cela cette femme commune, mal élevée, ne sachant pas ce que c’est qu’un salon et le vrai monde, recevant au cinquième au-dessus de l’entresol un tas de je ne sais quoi... et ne pouvoir lui dire qu’on sait à quoi s’en tenir et qu’elle ne trompe personne. Voyez-vous cette cuisinière parler de robes et d’élégance et., critiquer mes dépenses en me donnant pour exemple sa fille avec laquelle on ne voudrait pas se montrer.
Je m’en fiche, vous le savez bien, mais je suis furieuse parce qu’elle croit que je la prends au sérieux.
Nous sommes enfin chez nous, avenue Montaigne 34. Il y a [à] peine de quoi s’asseoir. Je serai dans une irritation complète continuelle tant que ce ne sera meublé tout à fait.. Il fait si froid et il y a tant de neige que je suis restée chez moi.
Paul est revenu de Nice. Une foule de monde à Nice, Marcuard et Larderel qui n’est pas marié, il est avec des cocottes et une d’elle déguisée en garçon l’a accompagné à Florence où il allait voir sa fiancée.
Il a encore fait 100.000 francs de dettes et il est presque toujours gris comme de coutume.
Voilà une vraie pourriture. Je vous demande pardon de l’expression mais c’est celle qui convient à cet ex-idéal.
Vous savez dans quel état j’étais allée à Naples, j’aurais pu être encore plus folle... et pourtant non, pendant un instant à la gare un an avant de faire sa connaissance ce garçon m’avait fait une impression très forte... le reste a vécu de cette impression et l’abrutissement, l’anéantissement aidant....