Mercredi, 8 janvier 1879

Je viens de lire « Le roman d’une femme » par Dumas fils. Rarement on rencontre des choses plus révoltantes et plus odieuses. C’est immoral et pourtant cela fait horreur, donc ce n’est plus immoral n’étant pas tentant. Faut-il être dépravé pour inventer une telle infamie. Cela fait bondir.
Marie était innocente ! Je crois que M. Dumas lui-même se méprend sur le sens du mot ! nocens ou nocœns, veut dire nuisible ou coupable, par contre innocent doit dire non coupable, non nuisible. Et il nous peint comme l’idéal de l’innocence Marie ! Si Marie était innocente, Le roman d’une femme n’existerait pas. Jamais une chose pareille n’est arrivée et n’arriverait jamais si on n’en donnait l’idée, tellement affreuse, ni dense, impossible qu’elle vous étreint comme un cauchemar et que grâce à son abomination elle vous semble possible.
Savez-vous ce que vous êtes vous ? Vous êtes désespérant !
Marie n’est pas innocente, elle est ignorante et l’ignorance de la vie, après deux ans de mariage avec un homme comme M. de Bryon, poussée à ce point devient une candeur dépourvue de charme et de sens et donne de l’esprit et du cœur de la femme une idée étrange.