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Samedi, 7 décembre 1878
C’est aujourd’hui l’invalidation du duc Decazes. Nous y allons toutes avec Paul et Gavini qui nous joint à la sortie et avec lequel nous voyageons. Je me suis amusée d’y être un peu comme chez moi changeant de place et reconnaissant les grandes figures.
La politique est aussi entraînante que le jeu mais cent fois plus passionnante même pour les femmes. Au lieu de prendre un fiacre pour aller de la Chambre à la gare nous avons pris l’omnibus où se trouvaient M. Levert un ancien préfet badinguisard et le ministre de l’intérieur de Marcère. Dans cinquante ans ce sera amusant à s’en rappeler. J’ai vu de bien près toutes ces célébrités et j’ai parlé aux principaux ci-devants.
Il faudrait voir aussi la Gauche mais c’est difficile. Aujourd’hui j’ai observé la figure de Gambetta et celle de ce singe de Clémenceau pendant la défense du duc Decazes (composée par ce malin de Gavini qui a tant fait qu’on le validera malgré ses opinions. Un vrai Italien, on lui demanderait la peau de son ventre pour en faire un tambour, comme a dit d’Ariste, qu’il répondrait qu’il verrait, qu’il réfléchirait et que cela se peut peut-donc, j’observais ces figures et je vous jure c’était curieux. Ce diable de Clémenceau n’est pas aussi bête que les bonapartistes en ont l’air. Il n’y a plus en fait de Cassagnac que ce pauvre Robert Mitchell qui s’est évanoui hier en descendant de la tribune. Ce grand diable a une maladie du cœur au surplus une existence à toute vapeur.
Je vais essayer de lier connaissance par Gavini avec la Gauche et je lui proposerai en riant de faire un peu l’espionne... pourquoi pas ? Ça n’est pas loyal que cette phrase sent son député de Condom ! Gavini est tellement fin qu’il n’y verra pas d’inconvénient et puis avec une grande franchise comme Cassagnac et moi nous la savons faire on n’y verra que du feu. Ce n’est pas que j’adore les bonapartistes, je m’en moque; mais comme il est toujours plus profitable d’être de l’opposition je pourrais leur rendre ce petit service tout en disant aux autres: ces imbéciles ils pensent que je vais espionner ici et ils me font la cour. C’est à étudier. C’est lâche.
Hier soir maman et ma tante ont été au théâtre avec les Gavini, et ont fait connaissance du maréchal Canrobert et de M. de Bourgoing.
Cette candidature officielle soulève à chaque instant des discussions d’une ineptie surprenante. Comment n’a-t-on pas enfin trouvé une solution et n’a-t-on pas délimité ou finit le droit du gouvernement, de désigner son candidat, et où commence la pression électorale ? Il se débite à ce propos des niaiseries qu’il serait si simple d’éviter ! Il est vrai que c’est un sujet de chicanes mais on pourrait en trouver de plus divertissantes.