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Dimanche, 3 novembre 1878
Le petit Gavini (le neveu) a été chez le député Eschassériaux fils demander des billets et il y a peut-être de l’espoir.
Je suis allée prendre la mère Gavini, il y avait du monde chez, une Mme de Marcilly à laquelle on m’a présentée comme hier à Mme de Balincourt. Maman, Dina, la dame et moi nous promenons ensemble. On veut me marier mais pour qu’on ne se serve pas de moi pour enrichir quelque monsieur, je déclare nettement que je veux bien me marier avec plaisir, mais à condition qu’il soit riche, une belle position et beau ou bien un homme intelligent, remarquable etc. Quand au caractère fut-ce le diable, je m’en charge.
Il y a beaucoup de sentiment dans la musique du marquis d’Ivry. Il s’est pénétré de « Roméo et Juliette » de Shakespeare, il l’adore et sa musique est délicieuse quoique simple et presque incolore à la première audition. En outre la mise en scène et les costumes sont parfaits. On est en plein et c’est nature, c’est le vrai Moyen Age au lieu de celui qu’on représente, le Moyen Age de convention, de chic qui est ennuyeux.
Mme Tarnowsky vient de s’en aller, elle est charmante quand elle conte toutes les petites choses de la vie de campagne, des voisines, des voisins, des parents.
Quelle horrible bourgeoise que Mme Gavini ! Elle parle des Arts d’une façon si profane, que je n’irai si elle en reparle devant moi. Elle cite ces dames de Rothschild qui font de la peinture, chez elles, qui ont des professeurs et elle dit que je pourrai en faire autant quand je serai mariée. Dans ce ton détaché de la femme du monde, de la bourgeoise, il y a quelque chose d’affreusement brutal qui fait honte à tous les sentiments artistiques et élevés.
Vous comprenez, je me fais un raisonnement sensé et parfaitement juste.
Je tâcherai de faire le mariage de mes rêves d’abord. Si je n’y arrive pas, je me marierai comme tout le monde, à l’aide de ma dot. Me voilà donc tranquille;
rayé[Deux lignes cancellées]
Il faut songer en se mariant que ça n’est pas un appartement qu’on loue par mois mais une maison qu’on achète. Il faut qu’on y trouve toutes ses aises et on ne peut pas passer par dessus quelques chambres de moins comme dans un logis de louage, et une vieille tradition russe dit que les annexes portent malheur.