Dimanche 9 juin 1878

Le comte de Jobal sort d’ici. Vieux paralysé. Quel charme. Mme Gavini devait venir, il est plus de cinq heures, je suis inquiète pour mes billets de demain. Dans tous les cas j’en aurai comme ceux d’hier en envoyant Rosalie et Chocolat; oh ! mais cette femme qui n’arrive pas...
Pour me calmer je chante « la mélodie de Caen », « Si j’étais reine au beau pays de France ! » mélodie charmante tout à fait vieille et d’une sensibilité parfaite pourvu de ne pas rire : non, moi j’aime ces vieilles chansons et c’est si bête de s’en moquer. Lisez plutôt c’est un bijou.
Si j’étais reine au beau pays de France
Avec bonheur je donnerais mon sceptre
Et ma position, sceptre et ma puissance
Contre ton coeur.
C’est pour que sur moi, ton doux regard s’incline
Même un seul jour
Je donnerais mon blanc manteau d’hermine
Avec ma cour.
Si Dieu m’offrait la couronne étoilée
Des chérubins
Les ailes d’or et la beauté voilée
Des séraphins.
J’aimerais mieux près de toi sur la terre
Vivre toujours.
Car même au ciel, vois-tu, je te préfère
Toi mes amours.
Ah ! pour t’aimer je ne suis noble dame Ni reine hélas.
Et je n’ai rien que l’amour de mon âme
Rien ici bas.
Mais si tu veux de mon toit solitaire
Tu seras Roi...
Et mon amour, mon cœur et ma prière
Seront pour toi.
C’est bête, c’est bête mais c’est bien bon.
Schininà est venu, et aussi Franceschi.
Je suis agitée au point d’aller encore chez les Gavini. Monsieur m’a envoyé un billet. J’ai expliqué aussi bien que possible ma seconde visite, Madame étant retenue près de sa cousine malade viendra mercredi. Je lui fais un tas de compliments, elle est fort aimable et voilà.
Pourvu que les Chambres ferment ! Vous ne vous imaginez pas comme tout cela me bouleverse l’existence.
Je suis tout en l’air et vais me coucher pour échapper à cet agacement. Il n’est pas neuf heures !
J’étais si sage hier. Ne nous attaquons jamais à cinquante choses ensemble. Représentons chaque affaire par une boule et faisons les disparaître à fur et à mesure que les affaires seront faites.
Pour le moment il y a la Chambre lundi et mardi. Ne parlons pas du reste au nom du ciel