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Lundi 4 mars 1878
Depuis samedi mon chien est perdu. J’espérais toujours qu’il rentrerait.Aucun de ces misérables qui composent ma soi-disant famille n’a rien fait; ils se sont bornés à continuer leurs tracasseries si bêtes !!
Hier cet homme affreux est encore venu, j’ai fait une scène à mes mères et elles au lieu de me seconder, au lieu de faire leur devoir d’honnêtes femmes se sont retournées contre moi pleines de recriminations idiotes, de bêtises et d’injustice révoltante. Je suis traitée de monstre moral, de criminelle, de Dieu sait quoi parce que je me révolte contre les horreurs, les infamies, la boue dont nous couvre cet homme. Juste Dieu ! Un moment j’étais prête à m’enfuir de la maison.
J’aurais déposé mes écritures chez Cassagnac et j’aurais été vivre n’importe où. Mais malheureusement le diamant sur lequel je pourrais compter était chez ma mère. Les infâmes! Les lâches ! Les criminelles !
Non, ce n’est pas possible, elles ont perdu la raison, autrement c’est impossible.
Mon pauvre chien, si j’avais de la place pour quelque sentiment j’en serais désolée. Il y a bal à l’Elysée ce soir.
Mon pauvre chien perdu.
Si je devais mourir pour tout ce qui me manque, pour tout ce que je n’ai pas...
Quel intérieur ! Quelle famille, quelle vie !
Berthe et Yorke qui nous traitent comme leurs amies tout à fait sont venues vers six heures demander une tasse de thé.
Elles sont gentilles et aimables et aussi amies que des femmes peuvent être, (vous savez que l’amitié des femmes est une chose absolument chimérique). Mais je les déteste profondément et de plus en plus pour le masque, chez Paul de Cassagnac.
C’est une position désagréable quand on méprise tout ceux qui vous entourent, quand ceux qui vous entourent sont des misérables ou des fous.
Maintenant je crois que je suis un être incompris !
C’est le comble de l’abrutissement car c’est la chose la plus abominable qu’on puisse penser de soi. Cent mille prétentions dont aucune n’est justifiée. On se cogne partout et on se fait des bleus.