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Dimanche 20 janvier 1878
Voici sa réponse.Lettre recopiée · Lettre de Paul de Cassagnac, [samedi 19 janvier 1878][Samedi 19 janvier 1878]J’accepte votre invitation avec grand plaisir, ma gentille petite amie, mais comment voulez-vous que j’ai le temps d’être revenu de Versailles et de m’habiller, à six heures 1/2.Si vous ne m’accordez pas jusqu’à sept heures, il m’est impossible de venir.Tous mes sentiments de respectueuse affection,Paul de Cassagnac
à laquelle je réponds par dépêche de chez Laferrière où j’essayais des robes.
Lettre recopiée · Dépêche de Marie à Paul de Cassagnac, 20 janvier 1878Je vous accorde jusqu’à sept heures et demie énorme ami.La vierge au cacao.
Vous ne vous imaginerez jamais à quel point je suis paresseuse pour faire ces comptes-rendus.
A sept heures est arrivé Popaul avec la désinvolture que vous connaissez, et quelques instants après Berthe et sa sœur. Excepté maman et ma tante nous sommes toutes en blanc. Vous vous représentez bien le dîner avec six femmes et un seul homme, Popaul. Je suis jolie et habillée de façon à ne laisser dans l’ombre aucun de mes avantages physiques.
C’est incroyable, je ne puis pas mettre deux mots ensemble, voilà plus de trois heures que le cahier est ouvert, mais je me dérobe tantôt en lisant, tantôt en jouant de mes nombreux instruments.
Cassagnac a ouvert la boîte blanche et il m’a fallu livrer une bataille pour l’empécher de me lire, avoir les poignets chiffonnés, les mains baisées. C’est cela même qui m’empêche d’écrire, si je ne soigne un peu mes mémoires, il sera impossible de les laisser voir à qui que ce soit. Je fourmille d’expressions vantardes, désagréables et fausses.
Il y tenait ou avait l’air d’y tenir alors je lui mis mes clefs dans sa poche ce qu’il trouva très fort, puisque son honneur etc. etc. etc. Son cheval de bataille enfin, que je crois une affectation parce que ses pareils ne se voient que chez Alexandre Dumas.
Pour moi Cassagnac est une femme, vous comprenez ce que je veux dire et puis son respect et toutes sortes de choses. Nous échangeons des impertinences et des gentillesses, je m’amuse et je crains que l’heure qui marche trop vite.
Les Boyd font semblant d’aller au bal de l’Opéra en cachette de maman, moi et Dina jouons la même comédie, nous invitons Cassagnac qui nous guidera. Cette conspiration est interrompue par l’arrivée du petit prince, auquel d’ailleurs nous ne faisons pas attention et continuons à causer entre nous, les quatre femmes et l’homme.
Je ne sais comment pendant le dîner on a reparlé des cinq femmes du monde, Popaul a raconté cette correspondance en ajoutant qu’il avait répondu.
Nous le supplions de nous faire assister au thé, et il répond qu’il a donné sa parole d’honneur aux cinq inconnues de ne pas les trahir.
— Mais vous m’avez dit que vous n’aviez pas répondu.
— Mais l’on m’a récrit depuis, vous ne savez pas cela.
— Vraiment !
Et puis mille ruses pour qu’il ne soupçonne pas. Berthe et Yorke jouent bien, et Popaul après avoir pris ma parole d’honneur que je n’y étais pour rien, nous raconte comment il va faire pour que les cinq dames se démasquent d’elles-mêmes.
Son domestique habillé en commissaire de police fera son entrée longtemps empêché par la bonne, Cassagnac pâlira, les dames s’épouvanteront. Bref, une petite scène très bien jouée qui me ferait un grand effet si je n’étais prévenue.
Maintenant il y a des gens qui disent qu’il se gausse de nous. Je ne le crois pas.
Arrivent Mme de Fayet, et MM. de Beaurepaire et d’Alt. J’en suis bien fâchée, toutefois je suis convenable et conduis le prince dans mon petit salon, duquel on voit tout, dans le grand par une glace sans teint, pour lui montrer un dessin, des albums et pour parler d’art.
Je voyais Cassagnac causant avec Dina et Berthe et me regardant, comme je l’ai su après, il parlait de ma beauté comme statue et disait à Dina de fabriquer si elle le pouvait un dos pareil au mien. Elle lui répondit qu’elle s’y refusait absolument. Je suis, je crois différente en réalité de ce que je suis dans ce journal; dans le jouranl c’est à peu près moi naturelle avec la légère différence de toute reproduction, maintenant avec Cassagnac je suis tout à fait toquée, je m’y laisse aller parce que je sais qu’il a de l’esprit et que tout en disant que rien ne l’étonnerait de ma part, il comprend que... je blague.
La Fayet et les messieurs fondent devant lui au point que cela me semble tout drôle, à moi qui le traite en riant. Le petit prince l’admire tout à fait. M. de Beaurepaire lui fait la cour; M. de Beaurepaire va partout de sorte que je le supporte.
Naturellement nos marivaudages, je crois que cela se nomme ainsi sont interrompus par tous ces importuns. Cassagnac cause quelque temps avec la Fayet, je crois à cause de son corsage qui est prodigieux... d’ouvertures.
A thé on parle politique, Cassagnac a la migraine, je lui prends ses clefs les cache dans mon corsage, et ne les rends qu’après en avoir nous en prenons l’emprunte avec de la poudre de riz, je les remets entre ma peau et ma chemise et ne les lui rends qu’au moment du départ (à minuit) toutes chaudes, avec une certaine malice mais faisant semblant de les prendre dans ma poche.
— C’est adroit, dit-il et s’en va en me baisant la main et en me disant : bonsoir maman.
Il est minuit, j’ai commencé à écrire à sept heures du soir.
Quant à hier après avoir raconté une affaire de bienfaisance pour laquelle « nous sollicitions M. de Cassagnac » je me suis couchée et me suis endormie de suite avec le plus grand plaisir.
A propos de bienfaisance M. de Beaurepaire qui le prit au sérieux, nous fit tout un discours et nous cita mille exploitations.
Aujourd’hui visites des Mouzay, et de Zurlo.
A cinq heures arrivent les Boyd, elles reviennent de la poste de la Madeleine et n’y ont pas trouvé de lettre. Berthe lui en écrit une ainsi conçue :
Lettre recopiée · Lettre anonyme des « cinq femmes » à Paul de Cassagnac, 20 janvier 1878— « Nos maris soupçonnent le bureau de la Madeleine, impossible d’y prendre votre réponse. Ecrivez poste Luxembourg 1,2,3,4,5, hâtez-vous jeune bonapartiste car jeudi nous partons pour Nice. Mercredi à neuf heures du soir nous serons chez vous, à moins que vous m’envoyez une lettre contraire ».
Il reconnaîtra une écriture anglaise, et s’il a pensé que les autres lettres venaient de nous celle-ci lui fera changer d’avis.
Je crois tout de même que ce malheureux m’a troublée et si sincère je suis, que reviens exprès de ma chambre pour écrire que cette amitié pourrait me faire négliger... mon art, si je ne devais devenir très forte pour faire le (son) portrait.
Honni soit qui mal y pense.