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Dimanche 15 juillet 1877
Hier j’ai recommencé à dessiner, mon atelier de voyage est dressé.Nous parlions hier avec ma tante de Marcuard et de Dina. Je ne sais si je vous ai tenu au courant de cette cour bizarre. Marcuard n’a pas cessé de venir chez nous en devenant tout à fait froid, tout juste assez poli, avec Dina. Cela tient comme nous pensons, maman et moi, à ce qu’elle a tenu vis-à-vis de lui une conduite très bête. Tantôt elle se laissait baiser la main dans chaque coin commode et tantôt elle était coquette avec tous ces petits jeunes gens et ne lui adressait pas la parole. Ces farces-là réussissent quelquefois, mais très rarement avec des hommes sérieux, positifs, suisses et qui ont des idées de mariage.
Je suppose bien qu’il en avait, sans cela sa conduite serait par trop impertinente. Il ne disait pas de sucreries, mais se conduisait comme un honnête homme qui aime une jeune fille et qui ne cache pas ses intentions. Dina n’avait pas des manières convenables, vous vous imaginez facilement ce que cela peut être lorsqu’une personne naturellement lourde veut faire la légère. Dans tous les cas c’est un bien grand désappointement pour nous tous, que maman a beaucoup reproché à Dina.
Je reviens de la Madeleine où je suis allée avec la baronne pour voir les élégantes. Mais j’ai été volée sur ce point-là.
Je portais une robe de coton blanc, serrée à la taille par un galon égyptien. Des souliers de peau blanche. Un chapeau de paillasson avec une écharpe de crêpe blanc et un bouquet de muguets. Une grande ombrelle blanche tout unie, très plate. Impossible d’être plus simple.
Pour en revenir à Marcuard, Alexandre même le croyait entièrement pris. La veille de notre affreuse explication, il m’a parlé longtemps de Marcuard presque à l’oreille et Schininà souriait malicieusement de sa loge. Et à Sorrento. Nous marchions ensemble, le soir en retournant de chez les Hamontoff. Alexandre avait l’air ennuyé et perdu et moi je frémissais de l’impatienter et de l’ennuyer. Dina et Marcuard nous dépassèrent.
- Dans quinze jours, dit Alexandre d’un ton railleur, M. et Mme de Marcuard.
- Pourquoi pas ? dis-je très contente à l’idée de la possibilité d’une telle chose, ils sont tous les deux charmants. Il n’y a que vous qui n’êtes pas digne...
- Oh ! moi, dit-il, ce n’est pas pour moi...
Et pour poétiser ces paroles il les dit d’un air de Hamlet.
- Je crois bien, me suis-je empressée de lui répondre, je crois bien.
Ah ! si Dina avait épousé Marcuard. Je demeurerais en Italie et Mme de Marcuard me conduirait dans le monde.
J’ai la reproduction de la photographie de Larderel, je m’en vais renvoyer celle que Marcuard m’a envoyée.
Je m’ennuie au point de désirer mourir. Je m’ennuie tant que rien au monde, ce me semble ne peut m’amuser, m’intéresser. Je ne désire rien, je ne veux rien ! Si, je désirerais beaucoup n’avoir pas honte de m’abrutir tout à fait. Pouvoir en un mot ne rien faire, ne penser à rien, vivre comme une plante, sans en avoir de remords.
Blanc a passé la soirée chez nous. Nous avons causé. Je suis assez dégoûtée de ma causerie depuis que j’ai lu ce que dit Mme de Staël sur l’imitation de l’esprit français par les étrangers. A l’écouter on n’a qu’à se cacher dans [une ligne rayée] son trou et ne jamais oser affronter le contact du sublime génie français.
Lecture, dessin, musique, mais ennui, ennui, ennui ! Il faut en dehors de ces occupations de ces délassements quelque chose de vivant, et je m’ennuie. Je ne m’ennuie pas parce que je suis une grande fille à marier, non; vous avez trop bonne opinion de moi pour le croire. Je m’ennuie parce que ma vie est toute de travers et que je m’ennuie !
Paris me tue ! C’est un café, un hôtel bien tenu, un bazar. Enfin, il faut espérer qu’avec l’hiver, l’Opéra, le Bois, les études je m’y ferai.
Je ne connais personne !
Berthe est partie pour la Bretagne avec sa belle-sœur et son frère.
Je n’ai même pas envie d’écrire à Marcuard.