Samedi 12 mai 1877

J’ai rêvé de la comtesse.
C’est ridicule à dire mais mon cœur se serre quand je regarde par la fenêtre. Une telle tristesse de quitter Florence...
Je n’ai pas vu Niccolini, vous savez... n’importe, il y a ici un Américain très antipathique qui doit lui ressembler, il me semble, donc Niccolini est antipathique et via.
Aller à Nice ! Je m’y prépare comme pour traverser un désert, je voudrais me raser la tête pour ne pas avoir la peine de me coiffer... à propos de coiffure j’ai coupé mes cheveux comme ceux de Blanche, et je suis toute contente.
Chaque fois que je relis mes explications je trouve que c’est tout bonnement bête... je le trouve parce que je suis pleine de cet homme et surtout de tout ce qui le touche qu’il me semble que chacun doit le savoir, comprendre et penser comme moi. Tous ces il me plaît, je l’aime épaississent et gâtent le sentiment léger et adorable qu’il m’a inspiré.
Léger ? Oui ou non, est-ce que je sais ?
On emballe, on part !
L’encre sèche sur ma plume jusqu’à ce que je me décide à écrire un mot, tant les regrets m’obsèdent.