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Mardi 17 avril 1877
Il pleut, maman et Dina ne pourront donc pas sortir. Maman a perdu aux Courses une centaine de cigarettes russes à Larderel. Ce matin elle les lui a envoyées. Ce sont des cigarettes que j’ai rapportées de Russie et que ma tante envoie de Nice.Il est sorti après avoir échangé des grimaces avec Rosalie qui vient me le dire à l’instant même :
- Comme Monsieur le comte a dû être furieux contre le comte Doenhoff hier ! s’écrie ma fichue confidente.
...Ah. povera figlia. Tu crois ça.
Après tout qu’est-ce qui me désespère ? Larderel a trois cent mille francs de rente et il est comte. Il n’a aucune position sociale direz-vous, il a tout ce qu’il faut pour se poser où il voudra, vous répondrai-je en ajoutant que j’aime mieux cela qu’une médiocrité bien assise. Donc, c’est ça que je regrette ? Mais il en a bien d’autres avec les mêmes avantages et qui ne me veulent pas non plus. Faut-il se tourmenter pour tous les partis convenables. Assurément non. Oui, mais ici, ça avait l’air de prendre, mais ça n’a pas pris et de la plus étrange façon. Passons à la seconde considération, l’amour. L’amour ? Est ridicule lorsqu’il n’est pas partagé. Donc, l’amour n’existe plus ! Mais il a existé et ça a été le seul, le premier après l’adoration mêlée d’intérêt et d’extase pour le Duc.
Ce qui me tourmente, car quelque chose me tourmente, c’est ma fausse position vis-à-vis de Larderel. Si je réussis à lui parler vous comprendrez pourquoi je le veux absolument.
Il n’a pas eu assez de politesse pour venir remercier pour les cigarettes.
J’ai mené une vie si extraordinaire tous ces jours que je suis énervée, agacée et ennuyée. Doenhoff me porte vraiment un grand intérêt... s’il devenait ambassadeur...
Messieurs Marini et Schettino ont eu la bêtise de venir ce soir, nous les avons vite expédiés sous prétexte d’une migraine que maman n’a commencé à ressentir qu’après leur départ. Ce ne sont pas des gentlemen, un avocat et un monsieur, je ne sais quoi qui patinent bien et avec toutes les dames, mais ça ne suffit pas pour trouver des charmes dans sa conversation surtout quand on n’est pas sur les roulettes.
Altamura est venu plus tard; je suis horriblement embêtée par maman qui à mon égard prend un air sentimental qui me déplaît au suprême degré. Je n’ai rien caché dans cette affaire avec Larderel, et on veut qu’il y ait plus que je dis ! Puisqu’elle le dit, il faut qu’elle en pense diantrement, et puis qu’elle en pense tant que cela, pourquoi n’en dit-elle pas davantage.
Voilà leur raisonnement, emprunté à Alphonse Karr.
Je suis enchantée d’être si tôt débarrassé de ce sentiment ridicule, et ils me prêtent des mélancolies que je n’ai pas ! Je n’ai pas soupé pour me remettre peu à peu à une vie plus régulière, et on me compare à Nina qui ne voulait rien manger après la mort de Yourkoff. C’est outrageant.
Chaque citoyen doit faire son temps de service militaire, de même chaque personne doit avoir aimé. J’ai fait mes huit jours et je suis libre, jusqu’à nouvel ordre.
Mme Fabbricatore a été ce matin, elle désire des cavaliers pour demain.
Le duc de Grottaminarda a fait une visite.