# Vendredi 22 décembre 1876

Vendredi 22 décembre 1876

Lasse pour la centième fois, j’ai décidé d’aller à San Remo chercher le dernier mot de mon père. Jusqu’à Monaco je me trouvai en nombreuse compagnie, notamment Broussais, Walitsky, maman et les Anitchkoff... Depuis l’autre soir j’ai fraternisé avec ces derniers.
- Nous avons l’air d’aller à Rome, dit tout à coup ma tante.
- C’est vrai, répondis-je.
- N’est-ce pas ? fit maman.
- Prenez garde, repris-je, ne me tentez pas.
- Oh ! ho !
- Eh pourquoi n’irait-elle pas ? dit maman.
- À Rome ? demanda ma tante.
- Mais oui, qu’elle y aille avec toi pour un jour, comme vous êtes.
- Je trouve l’idée bonne.
Sitôt imaginé, sitôt décidé. Je dis les objets qu’on devait m’expédier à San Remo d’où j’irai à Rome. À Menton se croisent les trains, dans celui qui venait d’Italie je reconnus mon père. Il fallut appeler, m’agiter, d’ailleurs il m’avait reconnu aussi et vint avec nous à San Remo. La princesse vint me prendre à l’hôtel et m’amena à la villa Rocca où se trouve pour le moment toute la famille des singes, la princesse, son amant italien, Hélène, sa fille, Lola et son mari, l’italien Sperandio. En les regardant on proclamerait : Darwin grand ! Si ça n’était une dure extrémité je ne me serais jamais encanaillée avec ces gens.
Mais ils sont très gais vraiment.
Enfin j’ai parlé sérieusement en des termes précis et brefs, avec mon fichu-père. Et il m’a répondu que dans quelques jours seulement il me donnerait une réponse définitive, il faut attendre comme une faveur cette décision. Lui qui n’a jamais donné un rouble pour l’éducation de ses enfants, c’est lui qui... Enfin !