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Samedi 2 septembre 1876 (21 août)
J’ai encore joué. Cet abrutissement systématique de l’intelligence ne m’étonne pas du tout; le jeu était gros, plus de deux mille francs, me passèrent... entre les mains mais ça finit par une bagatelle.
Je me suis presque évanouie de chaleur et lorsque vers dîner arrivèrent deux Crocodiles de Poltava, je fis grande toilette mais mon humeur était bien basse. On tira un feu d’artifice que nous regardâmes du balcon tout garni de lanternes vénitiennes ainsi que la maison rouge et toute la cour.
Ensuite mon père proposa une promenade, la nuit étant remarquablement belle. Je changeai de vêtement et nous allâmes dans le village, on s’assit devant le cabaret, on réveilla un violoniste et un fou pour danser, mais le violoniste n’étant que le second violon, ne voulut jamais comprendre que le premier étant absent et s’obstina à jouer... sa seconde partie. On cria, on appela le sotoki, magistrat de village, mais nos paysans ne se levèrent pas pour si peu et au bout d’une demie-heure on s’en alla vers la maison avec des intentions perfides, notamment, mon père, moi et Paul montâmes au haut du clocher par une échelle insensée, et on sonna de la cloche à incendie. Je sonnai de toutes mes forces. Je ne m’étais jamais trouvée si près des cloches et, si l’on essaye de parler pendant qu’elles sonnent, on éprouve une espèce de terreur dans le premier instant, car il semble que les paroles meurent sur les lèvres comme dans un cauchemar.
Enfin, tout cela n’était pas bien amusant et je fus bien heureuse de rentrer chez moi où mon père vint et nous eûmes un longuissime entretien. Mais j’étais énervée et au lieu de parler je pleurais tout le temps. Entre autres il me parla de Miloradovitch disant que sans doute maman me l’avait désigné comme un excellent parti, mais que lui ne ferait pas un pas pour arranger cela, attendu que Miloradovitch n’était qu’un animal à argent. Je me hâtais... de le rassurer. Et puis... on parla de tout, mon père essaya de faire un peu le rétif, je ne cédai pas d’une ligne, et nous nous quittâmes admirablement bien. D’ailleurs il a été comme toujours depuis quelque temps d’une délicatesse exquise et puis il m’a dit de sa manière sèche et rude des choses si tendres qu’elles m’ont touchée.
Seule, je m’étendis sur le canapé et j’y restai à pleurer et à rêver, très abrutie et découragée. Et, à présent, il fait presque jour...
Dieu et la Vierge soyez bons pour moi !
Je ne me gênai pas à l’endroit de la Tutcheff, et je dis même à mon père qu’elle le dominait et que je ne pouvais à cause de cela compter sur lui.
— Moi ! s’écria-t-il, oh ! non.
— On vous domine facilement.
— Mais elle, oh ! non, d’ailleurs de toutes mes sœurs c’est celle que j’aime le moins. Et je désirai m’en aller avant son arrivée. Il est détestable de faire la vie ici avec elle pour qu’elle ne me salue pas ailleurs.
— Oh ! sois tranquille, quant à cela. En te voyant, ici, chez moi, comme ça, elle te flattera comme un chien et sera à tes pieds.
Note des éditeursp. 182 du manuscrit
Note des éditeurs
[pages probablement arrachées : p. 183-184 du manuscrit]
Pièce insérée · mémento de Marie, fin du carnet
1/ escaliers pour tenir son salon, charmante idée, on y paraît superbe et, en arrangeant une perspective...