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Mardi, 8 août 1876 (27 juillet)
Nous avons veillé jusqu’à quatre heures, je suis fatiguée ce matin et Yssayevitch n’a pas été admis à mon lever.
Paul, mon frère, télégraphie que mon père l’avait envoyé me chercher à Konotop [?] (station de chemin de fer voisine du bien de mon oncle), il demande quand j’arriverai.
Je m’en allai droit chez Nina, où j’ai passé toute la journée. La ville est en fête, et à Péterhof la famille impériale reçoit en pompe ses parents, les maisons royales de Danemark et de Grèce. Tout Pétersbourg est là pour voir l’illumination. Mais, n’étant pas de la fête et ne voulant pas être, comme tout Pétersbourg, spectateur à la corde, je suis restée à la maison, c’est-à-dire chez Nina, à broder une bande de tapisserie imitant les Gobelins sur fond bleu tendre et cette bande placée sur le devant d’une robe de chambre en velours crème, fera quelque chose qu’on n’a encore jamais vu, comme beauté et richesse.
Note des éditeurs
[Quatre mots latins dépourvus de sens.]
Galula et Girofla sont indispensables à l’entretien de notre gaîté. J’inventais que Girofla allait partir comme volontaire pour la Serbie avec un léger fardeau contenant son vieux pantalon de guerre et deux mouchoirs usés. Sur ce, j’improvisai une pièce en vers, détaillant tout ce qui arrivera au jeune aventurier sur la route et en Serbie, sur l’air de Partant pour la Syrie. Olga imagina de le dessiner dans un cercueil, cela fut trouvé si drôle qu’on en a ri dix minutes.
De cette conversation j’ai emporté de l’inspiration pour une correspondance ou un poème épique que vous lirez.
Il n’y a qu’Audiffret pour me faire rire et faire des vers. Et Dieu sait si j’y pense.
Nina est avec nous, elle nous lisait un roman pendant que nous piquions le canevas. M. Sapogenikoff a pris sa part de notre gaîté et finit par parler de Girofla, lui aussi.
Je rentrai à minuit, avec Étienne, Yssayevitch, étant venu dans l’après-midi, fut tellement maltraité par moi, aidée de mes Grâces, qu’il s’en est retourné tout triste à ce que dit mon oncle.
Pétersbourg gagne la nuit. Je ne connais rien de plus superbe que la Néva garnie de lanternes contrastant avec la lune et le ciel bleu foncé, presque gris. Les défauts des maisons, des pavés, des ponts sont fondus la nuit, par les ombres complaisantes, la largeur des quais apparaît dans toute sa majesté. Le pic de l’Amirauté se perd dans le ciel et, dans un brouillard d’azur bordé de lumières, on voit la coupole et la forme gracieuse de la cathédrale d’Issakië, qui semble elle-même une ombre flottante descendue du ciel.
Je voudrais être ici en hiver...